Devenir un disciple 3D

by 3 Nov 20192019, Temps Ordinaire

Frères et sœurs bien-aimés, comment s’est passé votre retraite ? Car c’est bien une retraite que nous avons fait ces trois derniers jours en posant notre regard sur l’Eglise. L’Eglise bienheureuse, de tous les saints, montrant notre appel à la gloire divine. L’Eglise souffrante, des âmes défuntes qui passent peu à peu à la claire vision du Seigneur, et pour qui nous avons offerts hier et nos prières et nos œuvres.  Aujourd’hui, il s’agit de nous, l’Eglise en pèlerinage sur cette terre où nous nous attachons progressivement à l’unique Vie et Vérité de nos âmes, le Christ. Oui, l’Eglise est une car un est l’Esprit qui unifie l’Eglise, celle du Ciel et de la terre. Aujourd’hui, ce même Esprit nous fait pencher sur le petit Zachée. Il nous montre comment devenir disciple et, si je puis me permettre, un disciple en trois dimensions, en 3 D. Trois D que voici : désirer ; descendre ; donner.

Désirer. Zachée a désiré voir Jésus. Dans l’évangile, des personnes désirent quelque chose du Seigneur, une guérison, un conseil. D’autres désirent voir Qui est Jésus. Comme les deux disciples de Jean lui demandant : Où demeures-tu ? Zachée nous apprend que rien de grand ne s’accomplit dans nos vies sans avoir de grands désirs. L’étudiant passant un concours travaille d’arrache-pied ; l’artiste qui veut faire de son tableau un chef d’œuvre affine chaque détail de son ouvrage. Et nous, appelés à bien plus grand qu’une gloire passagère, n’ayons pas peur d’avoir de grands désirs : non seulement d’être bons mais d’être saints ; non seulement désir de ce que Dieu peut nous apporter, mais le désir de Dieu même. Nous sommes appelés à sa gloire, écrit Saint Paul. Quel malheur si nous sommes indifférents ! Oui : demandons de grands désirs, désirons aimer Dieu de tout notre cœur, de tout notre être.

Car désirer aimer, c’est déjà aimer. Que d’occasions à la messe de dire au Seigneur : mon âme te désire, mon âme a soif de toi : à la procession d’entrée, fixant la croix qui s’avance, lorsque nos intelligences se penchent sur la Parole Divine, lorsque nous nous avançons à la sainte table de la communion. Zachée, chef des publicains, premier à courir vers la perdition, devient modèle de réponse au désir de Dieu. Car ne nous y trompons pas : le premier à nous désirer, c’est Dieu. Avant même la création, Dieu nous a voulu, vous comme moi. Sur la croix, il nous a tous étreints dans son offrande de salut. En nous donnant l’existence et en la donnant continuellement, Dieu montre sa bonté envers toutes ses œuvres afin que celles-ci lui rendent grâce, que ceux qui ont foi en Lui, que ses fidèles le bénissent comme la liturgie le proclame en ce jour.  Oui, désirer : nous n’aurons jamais un assez grand désir de Dieu.

Descendre. Le Christ demande à Zachée de descendre pour demeurer chez lui. Descendre pour se dépouiller. Lors de son baptême, saint Rémi se tourna vers le roi Clovis et lui dît : « Courbe ta tête, fier guerrier. Adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré. » A notre baptême, à chaque fois que le salut est opéré en nous, à chaque demande de pardon, chaque confession, nous descendons et nous nous dépouillons. Nous descendons, non de notre dignité, mais pour revêtir la dignité divine. Nous nous dépouillons, non de ce qui nous fait vivre, mais de ce qui nous fait mourir et renaissons à la vie divine. Dieu ne veut pas habiter en nous sans que nous le lui demandions. Quelle délicatesse! Et pour cela, il suffit lui dire : que ta volonté soit faite. Non pas ma volonté mais ta volonté : je veux ce que tu veux, parce que tu le veux, Seigneur, et comme tu le veux. Aucun renoncement ne peut se faire, ne peut se comprendre si ce n’est pour mieux aimer, pour mettre Dieu en premier. Se dépouiller de soi pour revêtir le Christ : à l’exemple de Jean Baptiste, il faut que Lui croisse et je diminue.

Donner. Zachée, debout tel un ressuscité, donne désormais. Sans attendre, la moitié de ses biens aux pauvres ; sans attendre, il répond à ses injustices coutumières par une générosité nouvelle. Foulant à terre ce qui l’empêchait de regarder vers le Ciel, il donne. Nous avons tous quelque chose à donner. Et ce n’est pas une coïncidence si, en ce jour, nous fêtons aussi Saint Martin de Porrès, un de nos frères convers de Lima. Il se promenait toujours avec quelque chose à donner, cachant sous sa chape, vêtements, vivres ou médicaments. Il les prodiguait à tous, mendiants de sa ville, prêtres ou soldats démunis à plusieurs heures à pieds de là. Sans aucune crainte de mettre la compassion en premier. Un jour, son supérieur lui reprocha d’avoir installé un infirme dans sa cellule : il avait ainsi manqué de respect à la clôture. Saint Martin répondit simplement qu’il ignorait que le précepte de l’obéissance devait l’emporter sur celui de la charité. Zachée et frère Martin ont compris qu’aimer le Christ qui est au Ciel passe par l’amour concret envers les plus faibles. Il nous faut souvent ne pas avoir peur d’être généreux, de donner de nos biens, de notre temps, de notre attention, de nos regards car tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait.

 

Désirer. Descendre. Donner. Chers frères et sœurs, nous n’avons qu’aujourd’hui pour aimer. C’est aujourd’hui que le Christ désire habiter notre cœur, c’est aujourd’hui que le salut nous atteint. Zachée a ouvert la porte, il a été comblé de joie. Christ est là, à la porte de nos cœurs, n’attendons pas.