La vocation sacerdotale

by 12 Mai 20192019, Temps Pascal

4e dimanche du temps pascal (et oui, déjà !). Dimanche dit « du Bon Pasteur ». Et par suite dimanche de prière pour les vocations. Non pas en l’occurrence toutes les vocations en général, mais spécifiquement celles de prêtres. Et il est clair que, en cette occasion de prier « pour les vocations », il ne manquera pas de voix pour s’interroger, s’indigner, s’insurger.
 
C’est la voix de ceux qui ne redoutent qu’une chose : que la vocation leur tombe dessus, tel un châtiment divin. « Pitié Seigneur, pas moi » serait plutôt leur prière en ce jour. C’est la voix encore de ceux qui voient dans cette prière une marque de ce prétendu cléricalisme qui fait fi de la vocation baptismale et méprise les laïcs, et auquel il est grand temps de tordre le cou. « Pitié Seigneur, délivrez-nous des prêtres » serait plutôt leur prière en ce jour. C’est la voix enfin et surtout de ceux qui ne pensent ni nécessaire ni même utile de prier à cette intention. Soit qu’ils ne comprennent pas la nécessité ni même l’utilité de prier, tout simplement. Pour eux, pas de prière aujourd’hui. Comme hier, et comme demain d’ailleurs. Soit qu’ils ne comprennent ni la nécessité ni même l’utilité des prêtres.
 
Ce qui, dans le contexte actuel, peut très bien s’entendre. D’une part, après le concile Vatican II, d’aucuns ont théorisé la nécessité de concevoir une Église nouvelle et rajeunie i.e. une Église de laïcs, pour les laïcs, par les laïcs, débarrassée de ses ministres, désormais inutiles puisque les laïcs sont également prêtres en vertu de leur baptême. Plus récemment, d’autre part, les turpitudes de certains prêtres (mais de certains seulement) ont contribué à décrédibiliser le sacerdoce en tant que tel et les prêtres d’une manière générale, mettant en avant l’hypocrisie, l’impossible et le dangereux de la vie sacerdotale. Certes ces turpitudes sont incontestables. Et quand elles sont ainsi avérées, elles sont surtout inadmissibles et appellent de justes sanctions. Mais elles ne justifient pas pour autant une telle attaque en règle contre le sacerdoce. Ni même sa simple remise en cause. Loin s’en faut !
Car contrairement aux conclusions un peu trop faciles et surtout idéologiques que certains sont bien heureux de tirer de ces turpitudes, celles-ci sont justement comme une triste preuve par l’absurde et la négative de la grandeur, de la beauté, de la nécessité du sacerdoce. En application du bon vieux principe philosophique selon lequel « la corruption du meilleur est la pire des choses ». Plus une chose est bonne, plus sa corruption est néfaste. Ou, pour le dire avec Marthe Robin, « le prêtre est toujours un multiplicateur. S’il n’est pas multiplicateur de bien, il est multiplicateur de mal ». D’ailleurs, si le prêtre était si insignifiant, le Malin ne s’évertuerait pas autant à le faire chuter et à le décrédibiliser.
 
Comprenons bien ici ce qu’est le prêtre. Un homme qui au jour de son ordination est configuré au Christ, au plus profond de son être. A l’instar du baptême, qui réellement quoiqu’invisiblement transforme l’âme – l’être même – du baptisé, le sacrement de l’Ordre transforme réellement quoiqu’invisiblement l’âme – l’être même – du prêtre. En vertu de cette configuration de tout son être à l’être même du Christ, le prêtre peut alors agir en certaines circonstances non pas simplement en son nom propre mais en la personne même du Christ et au nom de l’Église. Quand, par exemple, un prêtre baptise, confesse ou célèbre l’eucharistie, il ne le fait donc pas en son nom propre. Mais c’est le Christ lui-même qui, à travers lui, baptise, confesse et s’offre en sacrifice. Plus largement, tel est le cas toutes les fois que le prêtre œuvre à sanctifier, enseigner ou diriger le peuple de Dieu.
 
Par suite, cette identification, cette configuration du prêtre au Christ en son être même (et pas simplement en son agir seulement) exige tout logiquement de lui une certaine conformité de sa vie, de sa manière d’être et de son agir. Une certaine exemplarité. Non pas tant pour une plus grande cohérence entre ce qu’il dit et ce qu’il fait, que pour une plus grande ressemblance au Christ auquel il est configuré. Afin que les fidèles puissent réellement voir le Christ qui agit à travers lui.
 
Mais s’il appartient au prêtre de veiller à être ainsi exemplaire, i.e. à vivre en cohérence non seulement avec ce qu’il dit mais plus encore avec ce qu’il est réellement au plus profond de lui-même, il lui faut aussi veiller à ne pas tomber dans une sorte d’excès inverse, à savoir l’idéalisation du prêtre parfait et impeccable. Une idéalisation qui rendrait le prêtre parfait et l’érigerait en modèle de la sainteté. Une idéalisation qui ferait du prêtre un être par définition meilleur et supérieur à tout autre, en tous et chacun de ses actes. Une idéalisation qui en viendrait alors à nier l’humanité du prêtre en vertu de laquelle il reste un être humain faible et pécheur par nature.
 
C’est ici qu’il faut alors de la finesse pour tenir ensemble d’un côté la beauté, la grandeur et la sainteté du sacerdoce, lequel donne au prêtre d’agir en la personne du Christ et au nom de l’Église. Et d’un autre côté la faiblesse, la fragilité et la peccabilité du prêtre lui-même, lesquelles demeurent en dépit de la grâce particulière qui le configure au Christ. Il revient alors au fidèle de porter sur le prêtre un regard théologal de foi, d’espérance et de charité, qui tout en les voyant, ne s’arrête pas aux limites humaines du prêtre pour discerner le Christ présent et agissant à travers elles. Réciproquement il revient au prêtre de ne pas oublier qu’il a été configuré au Christ non pour sa gloire ou sa sainteté personnelle mais pour être au service de la sainteté des fidèles. Et qu’il ne peut être fidèle à sa vocation que s’il se fait toujours plus transparent à la grâce du Christ qui œuvre à travers lui. Il revient enfin à tous et à chacun de prier pour que le Seigneur donne certes, en ce jour, de nombreux prêtres à son Église. Mais plus encore, qu’il les garde fidèles à leur vocation au service de la gloire de Dieu et du salut du monde, dans l’humilité du simple serviteur. Amen.