L’expérience du don de l’Esprit

by | 9 Juin 2019 | 2019, Pentecôte

Jésus parla ainsi : « L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom […] vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » Mais si le Mystère de la Pentecôte aura été représenté, si les effets à travers l’Eglise et les saints sont connus, comment parler de ce processus décrit en cette parole mystérieuse : « L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom […] vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » Comment traduire ce que nous vivons, par exemple avec la Prière du Seigneur, ou avec « l’adoption filiale » ? Comment dire la nécessité de cette venue de l’Esprit et sa nouveauté totale ?
 
1. Imaginons… Ce sujet peut être conté. Un jour, un certain Benjamin se leva. Venue de Jésus, une parole l’habitait. Et les phrases lui venaient à l’esprit. Il voulut les prononcer. Mais les mots lui en semblèrent lourds ; comme s’ils restaient entravés, prisonniers au fond de lui. Peut-être est-ce une expérience que vous avez connue, en disant parfois une prière, voire, la Prière du Seigneur, le « Notre Père » : suis-je à la hauteur ? Le dirai-je avec mes seules forces ? Ainsi donc Benjamin articulait. Mais les syllabes avançaient détimbrées, rampantes, informes ou sèches. Il ne savait comment adhérer aux phrases qu’il voulait prononcer.
Pourtant, cet homme savait que ses paroles étaient simples et justes. Quand il les avait entendues, ne respiraient-elles pas louange et confiance, volonté de bien faire et lucidité spirituelle. Cependant, l’homme peinait… Un obstacle demeurait comme un invisible plafond de verre !
 
Des témoins de la scène remuaient maintenant la tête. Ils prenaient conscience qu’ils pourraient être devenus sourds ou malentendants ! – « Et, se dirent-ils, si la cause était multiple : une voix détimbrée et nos oreilles sourdes ? »
Nous étions un deuxième jour. Certainement, un troisième allait se lever demain, un jour de Dieu. Mais par quoi avait bien pu être marqué le premier de ces jours, la veille ?
 
2. C’était à Jérusalem. Benjamin était alors au Mont des Oliviers. Au sortir de Béthanie, la question d’un disciple de Jésus avait résonné près de lui : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples ! » [Luc 11]. Vint donc la réponse de Jésus. Il entendit cela comme la transmission d’un trésor : c’était une échelle pour accéder au Père, dans l’intimité des enfants de Dieu. « Quand vous priez, dites : Père » ! Et à la louange, succéda la recommandation de demandes à faire : « Que ta volonté soit faite, pardonne-nous nos offenses, délivre-nous du Mal » [Matthieu 6].
L’inouï absolu ! La grâce du « Notre Père » faisant cœur avec « l’adoption filiale », voulue par Dieu depuis toujours ! Comme une respiration nouvelle et une délivrance. Benjamin, des disciples et d’autres se sentaient désormais capables de prier comme Jésus. N’avaient-ils pas retenu ses paroles !
 
Mais alors, en ce deuxième jour, comment reprendre ces mots ? Déposés par Jésus dans la mémoire de Benjamin, devaient-il y rester enfermés ? Comment faire sien cet enseignement, avec quelle force le faire entendre ? Malgré le commandement de Jésus, comment cette prière deviendrait-elle la sienne, ou celle de ses disciples : en la reprenant, en la répétant ?
C’est pourquoi, Benjamin essayait, comme un oiseau s’essaierait à s’envoler. Mais ses syllabes n’adhéraient pas aux phrases de Jésus. Vouloir bien faire ne suffisait pas. Il se heurtait à un plafond de verre. Il cherchait comme un autre souffle qui aurait porté le sien, et l’aurait amplifié. Il fallait « un cœur de chair » [Ezéchiel 36] pétri par Dieu pour entrer dans la Parole du Seigneur.
Mais Benjamin devenait malgré lui un exemple pour la vie dans l’Esprit. Le Seigneur préparait en lui sa place : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure » [Jean 14]. L’expérience du manque apportait comme un goût de désert, ce lieu où le Seigneur parle au cœur [Osée 2].
Or l’expérience avait parlé. Pour parler la langue de Dieu, il fallait que Dieu donne sa note, son Esprit, le ton juste ! Benjamin l’éprouvait aussi pour nous. Sans cela, restait l’invisible plafond de verre !
 
Alors une crainte s’empara de lui. Pendant des mois, il guetterait ce qui allait bannir sa crainte, suppléer à sa faiblesse. Parfois Jésus annonçait un Esprit… Mais demeurait, seule espérance, la promesse de la venue de l’Esprit-Saint. Jésus l’avait proclamé : « L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »
 
3. Ainsi un matin, comme un troisième jour, persévérant encore dans ses balbutiements, Benjamin enfin s’entendit proclamer cette prière du Seigneur. Il l’entendait comme venue d’au-delà de lui-même et pleinement de lui, intime, certes, mais sonore ; mais il avait tant expérimenté sa limite, comme un couvercle étouffant les mots reçus du Seigneur ; comme s’il attendait l’Heure de la délivrance, comme s’il avait raison de persévérer, comme si…
Et l’Esprit descendait, et la voix se gonflait, et les mots s’élevaient et la joie demeurait, et le fils, tout Benjamin qu’il était, craintif devenu humble, pouvait enfin prier le Père, avec les mots du Fils Eternel et la grâce de l’Esprit. Comme si l’accès était désormais direct à celui qui recevait la langue de Dieu et la parlait !
 
Combien de temps avait-il fallu pour cette transformation, ce processus spirituel ? Mais cela ne comptait plus ! Par le seul don de l’Esprit, il était établi dans la prière du Seigneur, dans la vie en Dieu. Pour proclamer ses Merveilles, en Apôtre. Au-delà des siècles et pour nos heures de persévérance, il venait nous apprendre dans la force de l’Esprit à en rayonner de joie ; et à vivre dans l’action de grâce.