Marie-Madeleine, la bien-aimée

by 24 Juil 20192019, Fête

Trop d’amour tue l’amour ! Il faut aimer mais aimer vraiment. D’abord, est-ce que nous aimons ? Y-a-t-il place en nos vies à cette sensibilité, à cet excès, parfois à cette passion : un sentiment aiguillonné, un désir exacerbé, une quête irrépressible qui nous poussent dehors, qui nous sortent de nous-mêmes, qui nous aimantent sur autre chose que nous-mêmes ? Il n’y a rien de plus terrible que des gens suffisants, renfermés sur eux-mêmes, trop sûrs de soi car il n’y a plus de joie, plus de liberté ni d’espérance. Si l’amour rend fragile, s’il se veut gratuit, il est de l’ordre de l’amour d’aimer sans cesse, toujours, parfois à l’excès et même à tort mais plutôt risquer l’amour que de crever isolés, solitaires, esseulés dans son coin : ours peu dégrossis, monolithes statufiés, icebergs givrés! Donc il faut oser aimer mais si l’amour est un risque alors il y a deux correctifs, deux garde-fous au narcissisme étriqué et létal.

Primo, dans l’amour, ce qui compte c’est de prendre conscience d’être aimé par quelqu’un qui en est à l’origine, qui en a pris l’initiative et qui nous provoque à sortir de nous-mêmes mais aussi qui nous fait grandir, nous élève et nous attire à lui. Le vrai amour c’est celui qui nous transporte et qui nous fait aimer l’autre plus que nous-mêmes ! Pour nous croyants, l’amour vient de Dieu, nous ne le possédons pas et il nous entraîne, nous révèle et nous donne de participer à son Amour. Se détourner de nos tombeaux, reconnaître et obéir à Jésus qui est visage d’Amour de Dieu pour nous. S’ouvrir à l’amour de notre Dieu et se laisser convertir, transformer, transfigurer par l’amour divin. Ce qui requiert notre conversion, des changements, beaucoup d’efforts de notre part…

Secundo, l’amour évacue notre trop-plein de soi, de suffisance mortifère et de satisfaction égoïste. L’amour reçu de Dieu fait place aux autres, nous renvoie à autrui pour leur faire connaître, partager et vivre ensemble le don divin de l’amour du Père. Ouvert à l’amour véritable, enraciné dans l’amour authentique, abandonné à l’amour venant, venu et revenant de Dieu en Jésus Christ, alors nous rayonnons, nous transmettons, nous partageons cela autour de nous, avec nos semblables, parmi nos frères et sœurs. Bénéficiaires et par-là même redevables et donc, témoins de l’amour du Dieu révélé, manifesté et partagé en Jésus. En somme, riches de l’amour divin, alors rendus missionnaires, apôtres, serviteurs de l ‘amour de notre Dieu.

Marie-Madeleine a beaucoup aimé, peut-être à l’excès mais à qui aime, il est toujours pardonné. Elle s’est détournée du tombeau vide, du lieu de la mort. Elle a reconnu en Jésus celui qu’elle aimait mais en acceptant de ne pas le retenir, en changeant son regard sur lui : elle a reconnu en Jésus, pas seulement le maître mais le Ressuscité, celui qui nous mène sur les chemins de la vie ; elle a vu en Jésus le Vivant, celui qui manifeste en plénitude Dieu et qui nous conduit vers le Père et nous relie aux sources vives et libératrices de Dieu notre Amour. Réconfortée, emportée et enracinée dans le mystère de sa pâque personnelle ; gagnée, établie, conquise par l’Amour céleste, celui du Dieu de Jésus et dorénavant celui de notre Dieu, alors elle a été « missionnée » et faite « apôtre » de ses frères sur le chemin de l’Amour tout-puissant et vivifiant de notre Dieu, manifestée en Jésus le Ressuscité, dans la puissance de l’Esprit d’Amour. Amen !