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Tel : 04 96 10 07 00
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Avant la messe dominicale à partir de 10h dans l’église

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Les offices de laudes et de vêpres sont précédés d’un temps d’oraison silencieuse avec la communauté.

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Le dimanche, et jours de Solennité de 18h15 à 18h50

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Possibilité de rencontrer un frère (confession, bénédiction ou demandes de messes)
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Accueil > Communauté > Histoire > Jusqu’à la Révolution... > Le deuxième couvent

trait

Le deuxième couvent

Les Prêcheurs étaient déjà établis à Marseille depuis trois cents
ans quand leur premier couvent, situé hors les murs, fut détruit lors du
siège de la ville par Charles de Bourbon. Pour protéger la cité et
empêcher l’assaillant de se retrancher à proximité des murailles il
fallut, en juin 1524, se rédoudre à raser les faubourgs, ce qui entraîna
la destruction du couvent des Mineurs et de celui des Prêcheurs. Les
chroniqueurs contemporains de l’événement, Honoré de Valbelle et
Thierry de l’Etoile, racontent le drame : les frères expulsés ne sachant
où se reloger, les fidèles déménageant les ossements de leurs parents
dans les églises de la ville, à la consternation de tous.

Ceux qui avaient des chapelles dans ces couvents
firent enlever les retables et autres
ornements des dites chapelles et les firent porter dans leurs maisons ou
dans des églises, paroisses ou couvents, déterrant les morts avec ou
sans permission, et je vous jure, foi de gentilhomme, que ce fut un tel
scandale que petite et grands pleuraient de voir cette désolation »

(Valbelle).

L’affliction des frères n’était pas moindre.

Les pauvres mendiants frères Prêcheurs et Mineurs, dévots religieux desquels
deux couvents, docteurs en théologie, gens scientifits et de grant dévotion,
eux voyant ainsi délogés à cause de la désolation, ruine et destruction
de leurs églises, cloîtres et couvents, menaient grands pleurs, deuils et
lamentations tellement qu’ils fondaient en larmes »
(Th. de l’Etoile).

Bien des litiges devaient résulter de cet exode des vivants et des morts,
à preuve la bulle de Pie IV en 1560 exigeant sous peine d’excommuni-
cation que les Marseillais restituent aux frères les objets et les reliques
volés. Les Augustins, chez qui les Prêcheurs avaient mis en dépôt leur
retable de Saint-André, refusaient encore en 1594 de le restituer.
Quant à ceux qui étaient obligés de transférer dans une autre église
leur sépulture de famille, ils ne s’estimaient plus tenus d’exécuter les
legs faits aux Prêcheurs et que ces derniers réclamaient. J’en prends un
exemple dans les archives du couvent.

Bernardin Bouquin, écuyer, avait légué par son testament à l’église
des P. Prêcheurs certains vêtements et ornements d’église, ce qui
donna lieu de faire un procès à Augier Bouquin son héritier,
qui fut terminé par acte de transaction du
13 octobre 1515 par laquelle ils prorogèrent l’expédition des
ornements pour deux années, que led. Bouquin déclarait que lors de la
démolition de l’église il avait fait enlever les ossements de ses ancêtres
et les avait fait transporter dans l’église des Augustins ».

Tout en demeurant propriétaires de leur premier emplacement
ainsi que des matériaux de leur couvent, les Prêcheurs sont obligés de
se réinstaller à l’intérieur de l’enceinte, et, en attendant de bâtir un
nouveau couvent, ils trouvent un abri provisoire à l’hôpital Saint-
Jacques de Galice.
Dès le 26 septembre 1524, à la requête de frère Esprit Rotier,
vicaire général de la congrégation réformée à laquelle appartenait le
couvent depuis 1497, le cardinal légat d’Avignon, François de
Clermont, autorise les Prêcheurs à rebâtir leur couvent dans la ville et
mande pour exécution le grand prieur de Saint-Gilles, Prégent de
Bidoux, amiral des galères. De son côté François Ier, le 18 juin 1526,
permet aux frères d’acquérir les terrains et les maisons nécessaires
pour implanter le nouveau couvent ; il leur accorde aussi l’usage des
décombres de l’ancien et leur concède deux radeaux de bois à couper
dans les forêts royales du Dauphiné et du Languedoc.
Obligés de construire à partir de rien, les Prêcheurs doivent
acheter en ville un emplacement approprié et, pour dégager les
ressources nécessaires, vendre leurs biens, une bastide en banlieue et
une maison en ville. Le 3 novembre 1525, ils acquièrent le verger de
Louis Arvey, situé rue des Juifs. Comme le vendeur impose la clause
résolutoire que le terrain serve à édifier l’église, grâce à ce
renseignement nous savons que ce verger devait se trouver à
l’emplacement de l’abside de l’église actuelle Saint-Cannat.

Là, le 18 novembre 1525, Prégent de Bidoux, promulgue la bulle
du légat d’Avignon et, suivant les prescriptions du rituel, fait planter
une croix de bois à l’emplacement où commencera un an plus tard la
construction de l’église.
Là, le 10 avril 1526, l’évêque franciscain Pierre de Bisqueriis bénit
le cimetière sous le titre de l’Annonciation. Ce titre apparaît là pour la
première fois et se substitue à celui de Notre-Dame de Pitié sous lequel
était placée l’église du premier couvent. La piété mariale des Prêcheurs
ne se dément pas, mais l’accent change, le mystère joyeux de
l’Incarnation prend le pas sur le mystère douloureux de la
Compassion. Les frères édifient alors une chapelle provisoire, dédiée
à l’Annonciation, où ils célèbrent la liturgie quotidienne en attendant
la construction de leur église.

C’est là enfin que, le 31 décembre 1526, Bernardin de Baux,
successeur de Prégent de Bidoux au commandement des galères et,
comme lui, Hospitalier de Saint-Jean, pose la première pierre de
l’église, sous laquelle il place quelques pièces d’or et d’argent en signe
do perpétuité. Lui est le véritable fondateur de cette église, à laquelle
l’année suivante, par testament du 11 décembre 1527, il lègue sa
fortune et dans laquelle il élit sépulture près de l’autel, lorsque
l’avancement de la construction le permettra.
Le chantier de l’église, mené d’est en ouest, et celui du couvent,
au nord de l’église, vont rencontrer deux obstacles. Le premier vient de
l’extrême morcellement du sol en parcelles minuscules, occupées par
des jardins, des remises, des maisons, qu’il faut acquérir au fur et à
mesure. Le second provient de l’insuffisance des ressources : la somme
considérable léguée par Bernardin de Baux, 3.000 écus d’or sol,
détournée par François Ier qui l’attribue à Anne de Montmorency, va
se réduire à 300 écus, péniblement obtenus. Aussi n’est-il pas
surprenant que les Prêcheurs promettent des faveurs spirituelles à
leurs bienfaiteurs : « Le R.P. Général de l’Ordre, instruit quelle
nouveau couvent et église ne pouvaient être rebâtis sans le secours des
fidèles, accorda à ceux qui nous faisaient des aumônes pour la
reconstruction et bâtisse dud. couvent la participation des bonnes
œuvres qui se pratiquent dans l’Ordre et les affilie à iceluy ». La
première tranche des travaux, comprenant l’abside suivie de deux
travées flanquées de leurs chapelles latérales, ne dure pas plus d’un an
et demi après la pose de la première pierre. Le 18 mai 1528, elle reçoit
la bénédiction d’un évêque de Girone qui avait été capturé par les
pirates au large de Marseille et qui attendait d’être rapatrié dans son
évêché.

Ensuite le chantier se ralentit puisqu’il faut presque vingt ans
pour arriver à la quatrième voûte (1547) et encore reste-t-il à
construire .la cinquième et dernière travée. Pour le clocher, en
novembre 1559, les Prêcheurs demandent un subside à la ville afin
d’en achever la construction. Quant à la sacristie, jadis au nord-ouest
de l’église et maintenant détruite, elle est bénite en juin 1577 par un
Prêcheur arménien, archevêque de Nassivan (Nakhitchevan, RSS
d’Azerbaïdjan), de passage à l’occasion d’une visite à Rome. Bien avant
l’achèvement de l’église, à l’ouest du chantier principal, deux chapelles
avaient été mises en chantier de part et d’autre de l’emplacement de la
future cinquième travée. D’abord du côté sud celle qu’en octobre 1535
fait construire la confrérie du Rosaire (première à droite en entrant
dans l’église, maintenant occupée par le calorifère !) et qu’en octobre
1538 la confrérie octroie gracieusement à Christophe de Lubaino. En
reconnaissance, celui-ci donne aussitôt à la confrérie une somme de 1.600 florins pour acheter un emplacement symétrique du côté nord,
où va être édifiée la nouvelle chapelle du Rosaire, achevée en 1548
(aujourd’hui chapelle des fonts baptismaux). Tout ce qui différenciait
jadis ces deux chapelles : plan, élévation, dessin des voûtes, a été soit
supprimé soit camouflé par les restaurations du XIXe siècle.

En choisissant sa chapelle funéraire aux Prêcheurs et en finançant
la chapelle du Rosaire, Christophe de Lubiano a contribué à
l’achèvement de l’église vers l’ouest. Après Prégent de Bidoux et
Bernardin de Baux, il est le troisième capitaine des galères à patronner
la construction. Et comme il avait eu, dans ses fonctions de maître
d’hôtel du connétable Anne de Montmorency, à délivrer aux
Prêcheurs le reliquat de la somme léguée par Bernardin de Baux, on a
fini par confondre les deux et attribuer par erreur à Lubiano la pose de
la première pierre de l’église. Un dessin conserve encore le souvenir
du monument funéraire érigé sur le tombeau où il fut enseveli le 24
février 1511. A la fin de l’Ancien Régime, ce personnage agenouillé
dans la chapelle du Crucifix passait auprès du peuple pour lou sant dei
Prêcheur.

Quand la construction de l’église a-t-elle été achevée ? La date de
la dédicace fournit un repère extrême, mais sans doute les travaux
avaient-ils pris fin auparavant. Le 18 mai 1619, plus de quatre-vingt-
dix ans après la première pierre, l’évêque de Fréjus Barthélémy
Camelin procède à la consécration de l’édifice. Construit trop tôt pour
être à la mode baroque, celui-ci présente un témoin tardif de ce
gothique provençal qu’on trouve à la collégiale de Montfavet, à Saint-
Didier d’Avignon, à Saint-Laurent de Salon ou aux Prêcheurs d’Arles.
Aussi les frères vont-ils rapidement entreprendre de le mettre au goût
du jour, d’abord en modernisant la décoration intérieure, ensuite en
refaisant la façade. La première partie du programme a anéanti toutes
les œuvres d’art qui avaient échappé à la destruction du premier
couvent ; comme la Révolution à son tour a fait place nette, presque
rien ne subsiste du décor exécuté au XVIIe et au XVIIIe siècles.
Demeurent quelques renseignements. Les boiseries et la chaire sont
commandées au sculpteur Albert Duparc entre 1688 et 1692.
Le peintre Michel Serre décore la plupart des chapelles : le
Rosaire, S. Vincent Ferrier, S. Hyacinthe, S. Pierre de Vérone, le
Purgatoire. En 1727, on remanie l’abside en y introduisant un chœur
« à la romaine » (c’est-à-dire le clergé derrière l’autel) et un autel
baroque, dessiné par Michel Serre et exécuté par les Fossati, que Mgr
de Belsunce consacre le 3 août 1728.

A ce moment le couvent reçoit la visite du Père Labat,
dominicain parisien et observateur narquois des curiosités de
Marseille.

« L’église de notre couvent est une des plus grandes et des
plus fréquentées de toute la ville. Entre autres chapelles, il y en a une à
ivuiche en entrant, dans le fond de laquelle on a pratiqué une arrière-
petite chapelle assez basse et voûtée, le milieu du pavé est occupé par
une grosse tombe de pierre fermée avec une bonne barre de fer et un
bon cadenas, dans laquelle repose le corps d’un particulier, qui a
acheté le fond de cette chapelle, qui a fait bâtir cette grotte avec
quelque fondation de messes et de prières. A condition expresse que
qui que ce soit que lui seul ne sera enterré dans cette chapelle, et
surtout sa femme. On peut juger par cet échantillon à quel point était
arrivé l’amour conjugal dans cet heureux ménage. Notre couvent est
riche, mais il n’est pas beau, il s’en faut bien. Il est vrai qu’il se trouve
en+re quatre rues qui gênent beaucoup, et qui l’empêchent de
s’étendre, mais il est vrai aussi que ses bâtiments faits à diverses
reprises, sans ordre et sans dessein, sont très mal exécutés. La sacristies
et le réfectoire sont les seuls endroits qui méritent d’être regardés. Je
trouvai dans ce couvent un bon nombre de religieux de mérite la
plupart docteurs de la Faculté de Paris, qui me firent toutes sortes
d’honnêtetés, et avec lesquels je liai dès ce temps-là un commerce
d’amitié, qui a toujours duré depuis ».

Labat est passé trop tôt pour voir la façade baroque édifiée de
1739 à 1744 par les frères Gérard et par le sculpteur Antoine Duparc,
beau décor élevé en avant de la nef gothique à la gloire des deux
Prêcheurs illustres qui venaient d’être proposés à la vénération des
fidèles : Pie V (statue de gauche) canonisé en 1711, Benoît XI (statue
de droite) béatifié en 1736. Au fronton, la scène de l’Annonciation
présidait à tout ce qui avait été édifié là depuis 1526. Plaquée contre
l’église, cette façade avait la fragilité d’un décor ; ébranlée par les
travaux du percement de la rue de la République, arasée par les
architectes de la ville en 1926, il convient de n’en plus parler qu’au
passé tant elle a été impardonnablement défigurée.

Dernier embellissement : l’orgue construit en 1746 par la frère
Isnard, du couvent de Tarascon, organier de la basilique de Saint-
Maximin et des Prêcheurs d’Aix. Cet instrument, dont Joseph
Marchand fut le dernier titulaire aux jours de la Révolution, est la
seule pièce du mobilier qui a survécu à la transformation de l’église en
temple de la Raison au mois de mars 1794.

Pourtant un couvent de Prêcheurs, ce ne sont pas des murs mais
des hommes, assemblés pour célébrer et pour annoncer la Parole.
Nous aimerions savoir ce qu’a été leur prière, leur prédication, leur
rayonnement. Les documents conservés permettent à peine d’entrevoir
que la construction du nouveau couvent, loin d’avoir été un temps de
médiocrité morale et de décadence, a correspondu à une exigence
intransigeante de réforme régulière. Depuis 1497 le couvent de
Marseille, détaché de la province de Provence, appartient à la
congrégation réformée dite de France (bien que son implantation soit
purement méridionale), dont les débuts remontent à la réforme du
couvent d’Arles soixante ans plus tôt. Lorsque le vicaire général de
cette congrégation sollicite du légat d’Avignon l’autorisation d’édifier
le nouveau couvent, il allègue l’affluence de ceux qui viennent chez les
Prêcheurs trouver aide pour le salut de leur âme et l’attachement des
Marseillais aux frères de l’observance à cause de l’exemple de vie
religieuse réformée qu’ils donnent. Or, depuis la rénovation tridentine
jusqu’aux rigueurs jansénistes la même exigence spirituelle semble
avoir animé le couvent, sinon de manière continue (je ne prétends pas
rattacher au mouvement réformiste l’attentat manqué que deux frères
avaient préparé contre Louis Daix et Charles de Casaulx en décembre
1594), du moins par des reprises répétées.

Le grand réformateur dominicain Sébastien Michaelis était fils
de notre couvent : né à Saint-Zacharie vers 1543, il était entré aux
Prêcheurs de Marseille vers 1560. Bien que la majeure partie de sa
carrière se soit déroulée ailleurs, du moins a-t-il exercé à Marseille des
fonctions d’enseignement théologique (1572) et d’administration
prioriale (1576-1578), avant d’être prieur à Saint-Maximin durant dix
ans (1606-1616). Les exorcismes de Madeleine Demandols et le bûcher
du malheureux Gaufridy auxquels son nom demeure lié ne doivent
pas faire oublier la réforme dont il a été l’instigateur dans le midi
languedocien et provençal, qu’il a propagée à Paris et à laquelle ont
appartenu les grands spirituels et les grands intellectuels de l’Ordre en
France au XVIIe siècle.

Un autre réformateur, Antoine Lequieu, dit Antoine du Saint-
Sacrement (fondateur des sœurs sacramentines), soit par rigueur
excessive, soit par maladresse de parisien, devait trouver à Marseille
moins de succès. Venu établir un prieuré réformé pour lequel l’abbaye
de Saint-Victor lui concède l’église du Rouet en mai 1639, il se heurte
à l’hostilité procédurière des consuls sans l’accord desquels il a entrepris sa fondation ; l’aventure se termine par l’expulsion d’Antoine
Lequieu et de ses compagnons en mars 1642. En même temps, la
mission que le maître de l’Ordre lui avait confiée pour réformer le
couvent se solde aussi par un échec complet. Quand on connaît le
personnage, il est difficile de conclure de cet épisode que le couvent
s’était relâché de sa ferveur première ; du moins tenait-il à préserver
son autonomie.

Au XVIIe siècle, l’ardeur réformatrice des frères comme leur
fidélité thomiste les ont rendus favorables au jansénisme (moins
toutefois que les Oratoriens) et hostiles à l’évêque Belsunce « qui
pendant dix-sept ans, écrivent-ils, avait sucé le venin de la doctrine
moliniste ». Les escarmouches ne manquent pas. En 1718, le P. de
Sainte-Croix, inquisiteur d’Avignon, donc fonctionnaire pontifical,
soutient à Marseille une thèse sur la grâce (autrement dit, prononce
une conférence publique) que Belsunce refuse d’approuver ; en même
temps, dans sa correspondance secrète avec Rome, l’évêque dénonce
au cardinal secrétaire d’Etat le peu de zèle de l’inquisiteur à l’égard de
la bulle Unigenitus. Après la peste de 1720, où la conduite des
Prêcheurs durant l’épidémie leur mérite un éloge public décerné par
l’évêque, la tension remonte. Au moment où le concile d’Embrun
dépose l’évêque janséniste Soanen (1727), Belsunce, par des dénoncia-
tions à Rome et à Paris, s’emploie à faire bannir de Marseille une
demi-douzaine d’opposants dominicains. Certains d’entre eux étaient
fort excités, s’il faut en croire l’évêque, comme le P. de Saint-Jacques
proclamant « qu’après la grâce du baptême il n’en reconnaissait pas de
plus grande que celle d’être appelant » (Entendez : d’en appeler, contre
la bulle Unigenitus, du pape au concile). Un peu plus tard, en 1740, le
cours du P. Crozet sur la grâce est dénoncé à l’évêque par le promoteur
de la foi, mais les Prêcheurs soupçonnent le jésuite Maire, conseiller
théologique de l’évêque, d’avoir extrait les propositions incriminées et
d’avoir lui-même rédigé la sentence de condamnation. Comme le
prieur provincial prend fait et cause pour la doctrine du P. Crozet,
Belsunce obtient des lettres de cachet pour interdire aux auditeurs de
l’extérieur le cours public de théologie que donnaient les Prêcheurs et
pour expulser du diocèse le professeur suspect. La première sanction
ne sera abrogée qu’à l’arrivée du successeur de Belsunce, quinze ans
après.

La dernière génération d’avant la Révolution se montre sans
doute moins exigeante sans pour autant faire scandale : c’est celle d’humanistes, amis des lettres et des sciences. C’est l’époque où le sous-
prieur, Paul-Antoine Mène, après avoir remporté deux prix de
l’Académie de Marseille, l’un pour un éloge de Gassendi (1767) l’autre
pour un mémoire sur les causes de la diminution de la pêche sur les
côtes de Provence et les moyens de la rendre plus abondante (1768),
devient membre de cette compagnie en 1773.
Quand vient la Révolution, la plupart d’entre eux prêtent le
serment constitutionnel et acceptent en silence de quitter la vie
conventuelle. Ceux qui sont en désaccord avec la nouvelle politique
religieuse s’abstiennent de toute manifestation publique. En revanche,
le dernier prieur du couvent, Joseph-Philippe Martelly, devient sans
aucun problème curé contitutionnel de l’éphémère paroisse Saint-
Dominique, qui a été érigée en août 1791 dans l’église conventuelle et
que la tourmente de 1794 va emporter.
Ainsi finit le second couvent des Prêcheurs. L’église conven-
tuelle, devenue paroissiale, a été réouverte au culte au début de 1802,
désormais sous le titre de Saint-Cannat ; depuis la fâcheuse destruction
du fronton en 1926, plus rien ne rappelle que du temps des Prêcheurs
elle était dédiée à l’Annonciation. Quant aux frères Prêcheurs, ils ne se
sont rétablis à Marseille qu’après une interruption de soixante-dix ans,
en octobre 1862.


Frère Bernard MONTAGNES, o.p.
Article publié le 27 juin 2012