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Les offices de laudes et de vêpres sont précédés d’un temps d’oraison silencieuse avec la communauté.

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Le dimanche, et jours de Solennité de 18h15 à 18h50

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Possibilité de rencontrer un frère (confession, bénédiction ou demandes de messes)
La porterie est ouverte de 9h30 à 11h45 et de 14h15 à 17h du lundi au vendredi.



Accueil > Communauté > Histoire > Jusqu’à la Révolution... > LE CHAPITRE GENERAL DE L’ORDRE A MARSEILLE EN 1300

trait

LE CHAPITRE GENERAL DE L’ORDRE A MARSEILLE EN 1300

L’institution dominicaine se présente comme un système fédératif à deux niveaux : nous avons, d’une part, un certain nombre de couvents qui, réunis, forment la Province ; d’autre part, l’union des Provinces entre elles. Le tout donne YOrdo Praedicatorum. Saint Dominique a voulu, nous le savons, de façon absolument certaine,
qu’à chacun de ces deux niveaux corresponde une assemblée dotée de pouvoirs législatifs : Chapitres Provinciaux, Chapitre Général. Il décida, de plus, que ces assemblées tiendraient leurs réunions,
annuellement. Du vivant du fondateur, avant 1221, jusqu’en 1338, date à laquelle un grave différend opposa l’Ordre au pape Benoît XII, cette volonté fut scrupuleusement respectée. Ensuite, hélas, beaucoup moins.

En ce qui concerne l’histoire des couvents, pour les XIIIe et
XIVe siècles, à la tenue de ces chapitres, aussi bien provinciaux que
généraux, s’attache une valeur d’indice. Cela permet de mesurer
l’importance de telle ou telle maison, tant au sein de la Province que de l’Ordre. C’est ainsi que les couvents de Bologne et de Paris furent
choisis par saint Dominique pour recevoir, alternativement, d’une
année à l’autre, les Chapitres Généraux. Alternance qui fut respectée
jusqu’en 1245, année où le Chapitre Général se réunit à Cologne, puis,
le suivant, à Montpellier. Désormais, l’habitude était prise de
convoquer les capitulaires dans l’un ou l’autre des grands couvents
européens de l’ordre, Barcelone, Oxford, Florence, Milan, Vienne,
Budapest, où, en 1254, Humbert de Romans fut élu Maître-Général "à
une forte majorité".

En l’année 1300, ce fut notre couvent de Marseille qui connut
l’honneur d’être désigné, lors du Chapitre précédent tenu à Metz, pour recevoir le Chapitre Général. Déjà, à l’abri de son cloître, s’étaient
réunis les chapitres provinciaux de Provence, en 1248, 1260 PDF (23 juillet) et 1281 (6 juillet). Le couvent de Marseille comptait au nombre
des maisons importantes de cette province de Provence qui, à la fin du
XIIIe siècle, regroupait une cinquantaine de maisons. Sur cette liste de
couvents, le R.P. Vicaire, étudiant leur hiérarchie, assigne, à celui de
Marseille le sixième rang, ave la présence approximative en son sein
de quatre-vingt religieux.

Effectivement, le couvent marseillais se trouvait parmi ceux que
l’administration provinciale soumettait à une double taxation. Par
ailleurs, sa bibliothèque bien fournie était tenue de venir en aide à celles
des couvents moins bien pourvues en manuscrits. Enfin, lorsqu’on
1275 fut créé un éphémère système de vicairies, le couvent de
Marseille fut placé à la tête de l’une d’entre elles. Autant de signes
d’une indéniable prospérité, que la célébration du Chapitre Général de
1300 venait consacrer.

En cette année 1300, qui fût, ne l’oublions pas, celle de la grande
Année Sainte. A cette occasion, qui permit, par exemple, à Dante de
découvrir Rome, on aurait pu penser que le Chapitre Général qui
n’avait jamais encore tenu ses assises sur les bords du Tibre, y serait
convoqué. Eh bien, non, c’est à Marseille que, de fait, il fût réuni.
Les Actes du Chapitre Général de 1300 nous ont été conservés,
ainsi que ceux du Chapitre Provincial, assemblée réunie dans le même
temps. Les dispositions prises au sein de cette dernière intance sont de
pure forme administrative, concernant surtout assignations de
professeurs et étudiants. Plus détaillées, en revanche, celles du
Chapitre Général. La première constitution étant relative à l’austérité
de règle en architecture dominicaine et décoration : thème excellem-
ment traité par le R.P. Montagnes dans le n° 9 des Cahiers de
Fanjeaux, p. 87-100. Après le rappel du principe de modestie qui doit
présider à la construction de nos maisons - dès 1248, au chapitre de
Toulouse, on interdisait aux frères convers menuisiers de se livrer à
des fantaisies en matière de sculptures sur bois - les capitulaires de
Marseille prohibent, eux, toutes curiositates. Cette défense des
« curiosités », est une constante. Elles sont proscrites par les chapitres,
unanimement, dans tous les domaines : couleurs, formes graphiques,
musique (en 1288, à Avignon, le fr. Pierre du Thor est sévèrement
puni pour avoir pris l’initiative, au couvent d’Arles, de proposer in
missa nova des cantus extraordinarios, ayant eu l’audace de monter « à l’ambon » pour les diriger), objets usuels. Dans ce dernier domaine,
une prescription du Chapitre provincial de Marseille, en 1281, expose
les motifs pour lesquels sont morigénés les frères qui ont trop sacrifié à
l’achat de curiositates, à savoir les patenôtres et autres colifichets de
corail, productions alors fort prisées de l’artisanat marseillais.
Au plan des structures provinciales, le Chapitre de Marseille prit
deux importantes décisions sanctionnant la division de l’Espagne en
deux provinces : d’un côté, Léon, Castille et Portugal ; de l’autre, le
groupe Navarre-Aragon-Catalogne. De même, pour la Pologne,
territoire amputé d’une fraction qui devient une entité nouvelle, de
Bohème-Moravie. Ce sont là dispositions imposées par la réalité. Trois
ans plus tard, en 1303, ce sera au tour de la province de Provence de
connaître une pareille partition, en province de Toulouse et province
de Provence proprement dite.

A la rubrique des suffrages, on demande à tout l’Ordre de faire
mémoire de frère Munio de Zamora, Maître-Général, récemment
décédé : enseveli au centre de la nef de Sainte-Sabine, on peut admirer
aujourd’hui la belle mosaïque qui orne sa pierre tombale. Les
capitulaires doivent donc pourvoir, à Marseille, à l’élection de son
successeur. L’élection n’alla pas sans difficulté. Un chroniqueur note
qu’m capitula fuit maxima turbacio. Le prieur provincial romain
recueillit sept voix, le prieur de Saint-Jacques à Paris cinq, le prieur de
Bologne une, le restant des voix se reporta sur frère Albert de Gênes ou
de Chiavari qui fut finalement élu. Trois mois plus tard, à Agnani, ce
religieux devait décéder. Au chapitre suivant tenu à Cologne en 1301,
le provincial de Provence, Bernard de Juzic, prendra sa succession, élu
au second tour de scrutin par 18 voix sur 29 votants, cette fois pacifîce
electus.

Nous venons de signaler la maxima turbacio qui, à Marseille,
marqua l’élection du Général. D’autres troubles ont laissé des traces
dans les Actes du Chapitre. En particulier, les jeunes, novices et
étudiants, qui par suite d’une propension de la jeunesse de tous les
temps à vagabonder, risquait, allant et venant au grand scandale des
gens, de compromettre la réputation de l’Ordre.
De même des mesures sont prises à rencontre des frères qui
venaient « sans permission » au Chapitre ou que l’on voyait rôder aux
alentours. Trois jours de jeûne au pain et à l’eau leur sont imposés,
ainsi que des humiliations aux pieds ’du Maître-Général et de tous les
Définiteurs.

Plus graves, des dissensions profondes divisaient la province
d’Allemagne. Des visiteurs furent désignés, avec consigne d’enquêter
auprès des couvents de Teutonie afin de remédier aux difficultés
gravia et enormia qui les affectaient et d’œuvrer ainsi en vue de la
paix.
La chronique déjà citée qui nous livre l’écho de divers bruits de
couloir, fait allusion à un mouvement de protestation qui dressa
l’ensemble du Chapitre contre des personnes étrangères à l’Ordre,
décidées à profiter de leur influence pour tenter de le régir ’. Ce qui, de
toute évidence, ne pouvait être toléré.

Un nombre assez important d’ordinations sont enfin prises dans
le domaine liturgique. Aux yeux d’un lecteur d’aujourd’hui elles
risquent, au premier abord, d’apparaître comme quelque peu
obsolètes. Elles ont du moins l’avantage de nous manifester à quel
point les fils de saint Dominique, comme leur Père, hommes de
l’Evangile, ont eu à cœur de mettre en pratique le précepte du Sauveur,
oportet semper orare et non deficere (Luc, XVIII-1 ) : Priez, sans jamais
vous lasser.

Il me semble entendre, à l’issue du Chapitre, qui s’achevait dans
la semaine suivant le dimanche 22 mai, jour où il avait été ouvert, un
frère dire à l’un des capitulaires obligé de quitter Marseille avec un
certain cafard : « II faut beaucoup prier, parce que le monde est triste et
que le Bon Dieu ne veut pas qu’on le soit ! »...


Frère Paul AMARGIER, o.p.
Article publié le 27 juin 2012