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Le poème de l’église Notre Dame du Rosaire

Conférence du fr.Augustin LAFFAY, o.p.

Le poème de l’église du Rosaire


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Le choix du meilleur

Les choix architecturaux des dominicains de Marseille furent contestés au sein même de l’Ordre. La note du rédacteur de L’Année dominicaine accompagnant en 1900 la publication d’une lettre du P. Mas en témoigne : « Nous n’entendons, à propos de cet édifice, aux proportions saisissantes, aux détails exquis, ni adopter les théories artistiques de notre vénérable correspondant ni les discuter ; pas plus que, en reproduisant naguère ici l’éloge d’un livre où l’un de nos plus grands saints est dépouillé, ou à peu près, de l’auréole dessinée autour de son front par l’enthousiaste admiration du moyen âge, nous n’entendions entrer dans la voie d’une pareille critique . »

Le reproche majeur adressée à l’église du Rosaire tient à l’éclectisme de son architecture. « Sans doute, parmi les hommes de l’art, plusieurs pouvaient être choqués, tout d’abord, de ne pouvoir lui trouver une place dans la nomenclature des styles déjà connus », écrit le P. Etcheverry. Sur ce chapitre, le P. Mas argumente pour prouver que le style de Bossan ne consiste pas à emprunter des éléments de styles et d’époques très différents mais à dégager dans tous ces styles le « Beau immuable », « l’âme » de chaque style dans la continuité desquels il inscrit le sien : « Suivant M. Bossan, l’architecture pas plus que les autres arts n’est condamnée à n’être qu’une imitation. Si le Beau est immuable dans son essence, son expression doit s’adapter au goût et aux mœurs changeants des siècles, en ne répudiant quoi que ce soit du trésor acquis les siècles précédents. Rien de plus gracieux, pensait-il, que le style grec, de plus majestueux et grave que le style roman, favorisant davantage l’élan religieux que le style gothique. Pourquoi, sans copier tel fragment ou faire de l’éclectisme, comme à Saint-Eustache de Paris, du corps allant à l’âme, n’atteindrions-nous pas l’âme de chacun de ces styles et ne la fondrions-nous pas en une seule qui nous donnerait tout à la fois la grâce athénienne, la majesté romaine et l’élancement vers le ciel des grands siècles de foi ? […] Cet idéal est trop haut pour être absolument atteint par l’artiste, quelque saintement inspiré qu’il soit, mais néanmoins, en considérant l’église des Dominicains, enrichie ces derniers temps, grâce à de grandes munificences […], oui, en considérant toutes ces merveilles, l’on peut dire que l’idéal est approché […] . »

En choisissant Bossan, on avait évité le gothique. Ce n’est pas neutre. Après 1840 « faire du néogothique, c’est retourner à la tradition, pas seulement celle d’avant 1789, mais aussi celle d’avant la Réforme, c’est rétablir, en figure du moins la société médiévale . » Mais le versant négatif du choix - le refus d’une copie gothique – est secondaire par rapport à son versant positif – une architecture nouvelle, symboliste. Selon l’expression du P. Cormier, on veut pour Marseille le « plus parfait ». Le P. Raynal, cité dans la biographie du P. Mas, analyse ainsi l’œuvre accompli à Marseille : « M. Bossan s’était essayé dans les églises d’Ars, La Louvesc, Oullins, mettant partout l’empreinte d’un talent tout personnel. Mais ces œuvres déjà belles n’étaient qu’un prélude au Rosaire de Marseille, comme celle-ci l’était à Fourvières de Lyon. Tout monument est une idée, un sentiment, un but rendus ; mais le temple est un poème sacré. Bossan fut un architecte symbolique. Un artiste est un esprit qui voit, une âme qui vibre. […] c’était un poème vécu dans une âme, et l’on cherche à côté le contemplatif et le poète inspirant le bâtisseur, le sculpteur, le décorateur. Le P. Mas a souvent inspiré M. Bossan, et l’architecte et le religieux ont concentré leur vie durant des années entières dans ce monument . » Le P. Mas en était convaincu, l’église du Rosaire de Marseille fut « incontestablement, non par sa grandeur et sa richesse, mais par son harmonieuse unité, le plus beau monument contemporain élevé en l’honneur de la Très Sainte Vierge Marie ».

L’unité de l’œuvre

La réussite architecturale de l’église de Marseille tient sans doute d’abord à la fidélité des collaborateurs de Bossan au projet de l’architecte. Vers 1858, Pierre Bossan avait fondé autour d’un chanoine exégète de Valence une petite école d’art sacré que fréquentèrent plusieurs artistes qui travaillèrent ensuite au chantier de Marseille : le sculpteur Millefaut, l’architecte Joannès Rey et son frère sculpteur Camille . L’atelier de Valence fut repris, après le départ du Maître, par Joannès Rey. Paul-Émile Millefaut (1848-1907) était un des meilleurs élèves de Bossan. Sa formation avait été complétée par celle de Fabisch aux Beaux-Arts de Lyon. « Dès le début du chantier de Fourvière, il y est employé à temps plein, faisant d’incessantes navettes entre La Ciotat, Fourvière et les Dominicains de Marseille où il travaille beaucoup . » On doit à ce spécialiste des anges les sculptures qui surplombent le maître-autel et la façade principale. Au cours de la décennie 1863-1874, « Bossan conçoit des programmes iconographiques pour Armand-Calliat ; c’est la période la plus féconde de leur collaboration ». C’est à cette date – peut-être – qu’il conviendrait de placer la réalisation d’un ostensoir et d’un spectaculaire ciboire du Rosaire pour l’église de Marseille. Enfin, on doit aux frères Rey, « ces disciples passionnés du maître » la chaire « élégante et monumentale », le sanctuaire « que l’on croirait appartenir à une basilique », la transformation du maître-autel, le chœur « qui semble avoir été fait en même temps que l’église ».
L’église possède une grande unité de ton. La taille de l’édifice est moyenne (42,75 m. x 28 m. = 1197 m2). L’absence de transept, comme plus tard à Fourvière, révèle la dédicace mariale. Les bas-côtés étroits sont habituels de l’art roman méditerranéen . Le programme iconographique, particulièrement soigné, se déploie sur trois étages. Les parties supérieures sont les plus richement décorées : sculptures, vitraux… « Voyez la plante, disait Bossan à Sainte-Marie Perrin, elle s’établit par les racines ; la tige se développe avec simplicité, et les richesses de la fleur la couronnent . » Un souvenir du futur P. Marie-Joseph Lagrange témoigne de l’effet produit par l’édifice sur les visiteurs : « Quand nous étions partis pour l’Algérie avec Beluze, nous étions entrés dans la chapelle empreinte de la poésie du Rosaire, construite par M. Bossan, l’architecte de Fourvière. Prosterné d’abord au bas de l’église, le regard attiré vers le groupe placé au-dessus du chœur qui rayonne sur toute la nef, j’étais si absorbé dans la prière que mon ami avait eu peine à m’arracher à ce lieu où je me sentais déjà fixé . »

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Le premier étage de décoration est celui des autels. Le maître-autel est consacré à Notre-Dame du Rosaire. Dans la réalisation initiale, la table d’autel est portée par des cariatides de bronze. Les trois chapelles du Sacré-Cœur, de saint Thomas d’Aquin et de saint Lazare s’ouvrent du côté de l’évangile. Les chapelles de saint Joseph, de saint Dominique et de sainte Catherine de Sienne s’ouvrent du côté de l’épître. Seules les chapelles du Sacré-Cœur et de saint Joseph ont été réalisées du vivant de Bossan. Le conseil conventuel du 8 août 1879 décide l’exécution de l’autel du Sacré-Cœur. Cet autel rappelle l’engagement pris par Madame Prat le 1er juin 1866. L’autel de saint Joseph est réalisé par J. Rey en 1883. On ne sait pas tout de suite quelle place on va lui assigner. L’unité de l’inspiration n’a pas donc pas empêché les dominicains d’intervenir dans l’aménagement de l’église . L’absence d’un autel ou même d’une statue de Marie-Madeleine surprend. Dans la pensée du P. Cormier, Marseille complète Saint-Maximin et la Sainte-Baume. Le couvent est d’ailleurs placé sous le patronage de saint Lazare. L’absence d’un autel de Marie-Madeleine renvoie au pèlerinage des lieux saints de Provence.

Un deuxième étage de décoration est constitué par les sculptures en hauteur. Une grande scène de Millefaut surplombant le maître-autel représente d’un côté la Vierge Marie donnant le rosaire à saint Dominique, de l’autre côté sainte Catherine de Sienne recevant de l’Enfant-Jésus l’anneau mystique. A la droite de Notre-Dame du Rosaire, trois anges présentent chacun cinq roses au groupe central. Ils symbolisent les trois séries de mystères. De l’autre côté, les trois archanges Gabriel, Raphaël et Michel correspondent aussi aux trois séries du mystère. « Toutes ces statues sont taillées dans le bloc même qui leur sert de fond, et qui a été doré par manière de mosaïque . » Le décor peint est riche : « Les peintures murales sont de simples préparations à la chaux, légèrement teintées, et recouvertes d’ornements sans reliefs, formant ton sur ton. La teinte des roses qui ornent les voûtes et les grandes frises des trois travées de l’édifice est successivement blanche, rouge et jaune or : c’est pour rappeler les mystères joyeux, douloureux et glorieux symbolisés ordinairement par ces trois couleurs . » A l’extérieur de l’église, la façade principale a été ornée de quinze reliefs sculptés dans la pierre, représentant les quinze mystères du Rosaire. « Le dernier, le couronnement de la Sainte Vierge, est le plus important, et par sa grandeur, et par la place qu’il occupe. Il est en haut-relief, sous le fronton de la porte, lequel, artistement travaillé, s’avance en fort saillant, soutenu par deux colonnes . » Une grande rosace domine le portail. Elle est rouge sur le pourtour, jaune et or au centre et, entre les deux, blanc mélangée de bleu. A l’intérieur comme à l’extérieur, le lien entre le monde des fidèles dans la nef d’une part et le monde céleste des voûtes et des vitraux d’autre part est assuré par les représentations du rosaire. Les anges jouent un rôle majeur dans le programme iconographique réalisé par Millefaut : ils aident les fidèles à entrer dans le monde bien ordonné des saints et des bienheureux .

Les vitraux offrent un dernier étage de décoration. Ils représentent les grandes figures de sainteté de l’Ordre des Prêcheurs. « Les trois travées sont percées de six grandes fenêtres en forme de galerie à quatre compartiments chacune, soit vingt-quatre en tout . » Le programme en est très précis, l’unité de composition absolue. Le peintre-verrier lyonnais Jean-Baptiste Barrelon a seulement mis en œuvre ce que lui demandaient les dominicains. Le P. Cormier a laissé un commentaire de ces vitraux . N’en aurait-il pas eu l’idée ? Du côté de l’évangile on trouve, à raison d’une catégorie par travée, les « Saints et bienheureux qui se sont distingués comme apôtres », les « Pontifes » et les « Saintes vierges ». Du côté de l’épître on trouve les « Docteurs », les « Martyrs » et les « Saintes femmes et protectrices de l’Ordre de Saint-Dominique ».

L’harmonie de l’église Notre-Dame du Rosaire tient aussi à l’unité de ton des pierres utilisées. Comme, plus tard, à Fourvière « le vocable marial oriente le choix des pierres vers les marbres appelés bleus, en réalité plus gris que bleus . » La construction de l’église des dominicains, l’exemple de Notre-Dame de la Garde et de la Major de Marseille ont certainement nourri l’expérience de Bossan et préparé Fourvière . La base des colonnes est en pierre de Cassis. Les fûts des colonnes et les grands pilastres sont en granit de Chomérac (Ardèche) que le poli rend semblable au marbre turquin, bleu veiné de blanc. Les chapiteaux des colonnes, appelés à supporter la charge des voûtes, sont en pierre de Tarascon. On utilisa ce matériau à Fourvière, en 1877, pour la galerie d’abside. Les arceaux et les nervures partant des chapiteaux sont en pierre blanche d’Arles. La base des grands pilastres en pierre de Chomérac est, malgré le coût élevé du matériau, en pierre d’Echaillon (Ain). A Fourvière cette pierre fut employée pour les parties abritées, sous le porche ouest par exemple et pour la clef de voûte du chœur . Seuls le dallage et huit colonnettes en encorbellement sont en marbre.

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En choisissant Pierre Bossan pour construire leur église conventuelle de Marseille, les dominicains ont fait le choix audacieux d’une architecture tout à la fois symbolique et contemporaine. Dans l’esprit du P. Cormier, ce choix du « plus parfait » avait valeur de manifeste pour définir l’esprit de la nouvelle province de Toulouse. Dans une lettre adressée au noviciat de l’année 1870, il reprend la métaphore classique comparant l’Ordre des Prêcheurs avec une cathédrale. Dans son esprit, cette image aurait pu s’appliquer aussi à l’église de Marseille : « Notre Père Saint Dominique a voulu faire son œuvre en grand. Cette œuvre, ce n’est ni une maison vulgaire, ni une élégante villa, ni même une pieuse chapelle. C’est une cathédrale. […] Là-dedans on se sent grandi, élevé vers Dieu, on prie volontiers, on espère le Ciel, on en jouit déjà. […] Aimons notre édifice, protégeons le contre les dégradations, baisons la moindre de ses pierres et bénissons Dieu de nous en avoir constitués les gardiens et les prêtres . »


Frère Augustin LAFFAY, o.p.
Article publié le 18 février 2013