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1er Dimanche de l’Avent

« Tenez-vous sur vos gardes de peur que le Jour du Seigneur ne fonde soudain sur vous comme un filet ».

Frères et sœurs,

Entendre une telle monition du Christ tout au commencement de l’Avent, ce temps liturgique doux et paisible qui oriente déjà notre regard vers la sainte nuit de Bethlehem peut surprendre. Inimaginable que la nuit de Noël se fonde soudains sur nous comme un filet, car qui dit filet dit perte de liberté, arrachement, souffrance et douleur. Mais apparemment Jésus aime cet image du filet, car il a déjà comparé même tout le royaume des cieux « à un filet qu’on jette en mer et qui ramène toutes sortes de poissons ». Quand on essaie de réaliser ce que cela veut dire que le royaume des cieux est comparable à un filet de pêche, cela ne nous donne peut-être pas trop envie de rentrer dans ce royaume. La perspective d’être arraché de l’environnement connu et respirer un air inconnu nous fait peur et nous préférons facilement rester dans notre petit train-train quotidien. Evidemment, la perspective d’un poisson qui trouve le summum de la réalisation de sa destiné en papillote au four, n’est pas si heureux que cela, mais appliqué à l’homme et son existence, ce filet devient signe d’espérance, surtout en ce temps de l’Avent.
Jésus nous aime trop pour nous laisser dans les profondeurs sombres de l’Atlantique et de ce monde qui ne veut connaitre que son profit. Il ne veut rien d’autres que nous participions à sa vie. Et malheureusement, parfois, très souvent, ou même toujours, un filet et sa seule manière de nous attirer à lui. Le filet devient ainsi un signe de son amour pour nous et il perd son caractère qui fait uniquement peur. L’amour ne peut jamais faire peur. Si nous avons encore peur de ce filet, c’est parce que nous avons peur de quitter notre vie et la donner en échange de la vie divine, que Jésus nous propose sans cesse. Le filet de l’amour du Christ est présent dans notre vie à chaque instant et il ne nous surprend uniquement, si nous nous trompons sur notre destiné, devenir et réaliser pleinement d’être enfant de Dieu.
Dans la littérature, ce sentiment ou ce regret de ne pas se retrouver dans ce filet salutaire du Christ a été exprimé très souvent par les poètes et écrivains au moins d’une manière indirecte. Charles Baudelaire par exemple écrit dans « Les fleurs du mal » :
« Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse
S’élancer vers les champs lumineux et sereins ! »
Ou encore l’auteur anglais Charles Dickens qui laisse dans son Chant de Noël s’exclamer le comptable Marley qui apparait avant Noël à sans collègue Scrooge : « C’est cette époque de l’année expirante, que je souffre le plus. Pourquoi ai-je alors traversé la foule de mes semblables toujours les yeux baissés vers les choses de la terre, sans les lever jamais vers cette étoile bénie qui conduit les mages à une pauvre demeure ? »
Frères et sœurs, n’ayons pas peur alors, ayant ce désir salutaire de voir cette étoile du Jour du Seigneur, ce jour de la douce nuit de noël, ce jour où nous rencontrerons le Christ, ce jour où nous le verrons enfin face à face. Le filet qui fait peur à ceux qui ne cherchent pas le Christ est pour nous le filet de la paix et de la sainte joie. Hérode et toute sa court à l’annonce de la nativité du Christ avait peur. Quant à nous, en revanche, si notre désir de voir Jésus est sincère, nous ne pouvons pas avoir peur, d’autant plus que nous nous retrouveront bientôt à la pauvre mais paisible court de Bethlehem, la seule capable de nous faire sortir de notre vie habituelle, car elle donne une paix que le monde ne peut pas donner.


Frère Albert-Henri KÜHLEM, o.p.
Article publié le 2 décembre 2012