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7e Dimanche de Pâques

Jean 17

Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée pour qu’ils soient un comme nous sommes un

Sœurs et frères, à la racine de la philosophie grecque, un problème perçu comme une aporie : celui de l’un et du multiple. L’expérience nous présente les choses comme diverses et variées, et pourtant tout est de l’être, l’être est un. Comment rendre compte de la multiplicité, comment la subsumer dans l’unité quand nous constatons que tout est divers lors même que l’esprit nous donne l’unité comme une propriété fondamentale, générique de l’être ?

Les présocratiques, et même Platon, ont tous buté sur la question. Certains ont tranché en faveur de l’unicité, d’autres de la multiplicité. Aristote résout le problème à travers l’analogie de l’être, laquelle témoigne d’un rapport à la fois de ressemblance et de dissemblance. Dire que l’être est une réalité analogique permet de reconnaître qu’il puisse être à la fois un et multiple. L’être est un, il est tout ce qui existe mais en même temps il ne se réalise pas exactement de la même manière dans les choses. Tout est de l’être sans que tout ne soit d’une identité qui exclut la diversité.

L’Église, dès son origine, s’est confrontée au problème de l’un et du multiple sous la forme du même et du différent avec la conversion des païens à la nouvelle religion dont les adeptes sont alors majoritairement des juifs. Comment intégrer ces gens qui ne sont pas comme nous, qui n’ont pas la même culture, la même tradition, qui ne sont pas circoncis, qui ne croient pas dans la Loi de Moise, qui ne font pas explicitement partie de ceux qui attendaient la consolation d’Israël ?

Comment mettre ensemble dans un même bercail les brebis issues de la tradition de la Loi et les autres qui sont d’autres traditions, mais qui sont tout aussi les brebis du vrai et unique Pasteur qu’est le Fils de l’homme venu pour le salut de tous les hommes ?

La réponse ne va pas de soi. Car l’unité a toujours été une pierre d’achoppement pour les humains que nous sommes. Et le Fils de Dieu, le Fils de l’homme le sait.

Alors qu’il s’apprête à entrer dans ce pourquoi il était venu, Jésus prie. Rien de surprenant, car sa vie pour active et trépidante qu’elle était a aussi toujours été une vie de prière. Le Fils de l’homme n’avait pas une pierre où se reposer la tête, mais il s’organisait toujours pour trouver un coin, dans le secret d’une chambre ; à l’écart, dans la nature, au sommet d’une montagne, pour rester en contact avec celui qui l’a envoyé, pour dialoguer avec celui de qui il tient son être. Jésus s’apprête à entrer dans sa passion et passer de ce monde à son Père, il prie donc comme il l’a toujours fait. Il prie non seulement pour ses disciples immédiats qu’il avait pris du monde, mais encore pour tous ceux qui écouteront leur message, qui témoigneront à partir de leur témoignage. Il les avait pris dans le monde pour qu’ils ne soient plus du monde lors même qu’ils continuent d’être dans le monde. Ils ne sont pas du monde, car les ayant choisis, Jésus les a consacrés, les a sanctifiés (agiazo), mis à part pour la délicate mission d’être les témoins de la Vérité, témoins de la Parole, du Verbe de Vie : ta Parole est Vérité, ta Parole est Esprit et Vie. Que les témoins de ton Verbe de Vie soient un comme Toi et Moi nous sommes un !

Qu’ils soient un ! Voilà qui nous renvoie, sœurs et frères, à la case départ. Voilà qui nous ramène à la question de toujours, à la question de l’unité et de la multiplicité. Jésus prie pour que ses disciples soient un ; ce qui sous-tend évidemment qu’ils sont multiples, divers, et que l’unité ne va pas de soi. Comment pourrait-il aller de soi l’unité de pioches et de pelles, de collecteurs d’impôts et de pêcheurs de poissons ? Et pourtant Jésus fait de l’unité, de la catholicité la condition fondamentale de la conversion du monde à son Église, à son message : c’est à la façon dont vous vous aimez les uns les autres que le monde croira que vous êtes mes disciples. Les disciples, nous dit l’évangile d’aujourd’hui, ont été témoin de la gloire de Jésus, ils y ont participé en vue de cette unité née de la charité. Qu’ils soient donc un comme Toi et Moi Père nous sommes un, Toi en Moi et Moi en Toi !

Sœurs et frères, la prière de Jésus se fait suppliante, insistante, parce qu’il sait que l’unité née de la charité est difficile à obtenir entre les hommes. L’unité, lors même qu’elle est à rechercher, lors même qu’elle est à trouver, l’unité, lors même qu’elle est donnée grâce à l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs, peut être doublement viciée, doublement menacée : par la division d’une part et par l’uniformité d’autre part.

La division, le schisme est fille de l’animosité, des disputes, des éclats de voix, des querelles… Revisitez l’histoire de l’Église, vous me direz, sœurs et frères, s’il y en eut ! Rapprochez-vous de n’importe quelle communauté d’hommes et de femmes, vous me direz si tout se passe toujours sans heurts, sans disputes, sans confrontation !

La division est fille du péché. Elle est l’ennemi mortel de l’unité, elle est donc à fuir, elle est alors à éviter. La division des chrétiens est un contre-témoignage pour l’Église. Les schismes déchirent la tunique sans couture du Christ ; ils sont une blessure dans la charité. Ils font mentir cette parole du Christ : Père je te prie, je te rends grâce, car je sais que tu m’as toujours exaucé (ekousas mou, Jn 11, 41) !

L’unité entre les chrétiens est menacée par un autre vice : celui de l’uniformité. L’uniformité, la fusion est fille du sentiment d’insécurité, du manque de confiance en soi et en l’autre ; elle est fille de l’immaturité, de la peur d’être soi, du refus de la différence… Elle étouffe les idiosyncrasies, gomme les spécificités, elle empêche d’être. Face à la diversité, elle se fait menaçante, intolérante, fratricide, meurtrière. Elle est une caricature de la charité, une parodie de l’unité.

Sœurs et frères, la Trinité est peut-être un bel exemple du mystère de l’unité qui nous est demandé de vivre : il n’y a pas de plus indivis que Dieu puisqu’il est l’Être même. Pourtant il accepte la pluralité en lui-même. Le Dieu chrétien, sœurs et frères, n’est pas un Dieu monolithique mais un Dieu de communion. C’est un Dieu qui est à la fois un et plusieurs : il est à la fois un et trois, Père, Fils et Esprit. Le Père n’est pas le Fils, le Fils n’est pas l’Esprit. Les trois personnes de la Trinité sont différentes les unes des autres, et c’est en tant qu’elles sont différentes qu’elles sont de véritables personnes. En même temps, les unes et les autres sont unies dans une même communion qui fait qu’elles sont toutes également Dieu. Les unes et les autres participent de la même nature divine, sans que leur identité de personne ne soit mélangée, absorbée, étouffée. L’union du Père, du Fils et de l’Esprit est vraisemblablement le modèle de l’union qui doit régner entre les disciples du Christ, entre les chrétiens. Père, qu’ils soient un comme Toi et Moi nous sommes un !

Nous avons été créés à l’image de Dieu, nous avons été baptisés dans le nom du Père, du Fils et de l’Esprit, nous sommes invités à être unis les uns aux autres comme le Père, le Fils et l’Esprit sont unis. Comparaison n’est pas raison certes, mais elle peut aider à comprendre grâce au mode de la ressemblance/différence. Créés à l’image de Dieu, baptisés au nom du Dieu un et trois, nous sommes des êtres qui se ressemblent mais qui sont aussi différents. Nous communions dans une même nature humaine, mais nous la réalisons chacun d’une façon particulière, d’une façon qui nous est propre. Nous sommes image de Dieu tant dans nos ressemblances que dans nos différences. Nous formons un même corps, mais le bras n’est pas la jambe, et la jambe n’est pas le nez. Union sans confusion, unité sans uniformité. Le Père n’est pas le Fils, le Fils n’est pas l’Esprit. Et si cela peut être dit des trois personnes de la Trinité, combien plus pour nous les humains si proches et si différents !

Jésus nous invite pourtant à être unis entre nous comme il est uni au Père. Et puisqu’il est là où est le Père, nous aussi, unis entre nous dans le Christ qui fait notre unité, nous sommes appelés à être là où est le Christ, au ciel avec le Père. Nous sommes appelés à participer de la gloire du Fils que le Père lui a donnée. Nous sommes invités à voir et à vivre de la gloire de Dieu pour les siècles et des siècles.

Sœurs et frères, ce mystère est grand et nous comprenons alors, qu’il ne peut être qu’un don, une grâce. Demandons la grâce d’être unis au Christ comme il est uni au Père et nous pourrons alors être unis entre nous, constituer le corps du Christ dans la diversité de ses membres. Amen.


Fr. Jorel FRANCOIS, o.p.
Article publié le 20 mai 2013