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Les offices de laudes et de vêpres sont précédés d’un temps d’oraison silencieuse avec la communauté.

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Le dimanche, et jours de Solennité de 18h15 à 18h50

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Possibilité de rencontrer un frère (confession, bénédiction ou demandes de messes)
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XIXe dimanche du temps de l’Eglise

Lc 12, 32-48

Jésus disait à ses disciples : « Sois sans crainte, petit troupeau[1] , car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume[2]. Vendez ce que vous avez et donnez-le en aumône[3]. Faites-vous une bourse qui ne s’use pas, un trésor inépuisable dans les cieux[4], là où le voleur n’approche pas, où la mite ne ronge pas[5]. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur.

Restez en tenue de service, et gardez vos lampes allumées[6]. Soyez comme des gens qui attendent leur maître[7] à son retour des noces[8] pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte[9]. Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen je vous le dis : il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour. S’il revient vers minuit ou plus tard encore et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils ![10] Vous le savez bien : si le maître de maison connaissait l’heure où le voleur doit venir, il ne laisserait pas percer le mur de sa maison[11]. Vous aussi, tenez-vous prêts[12] : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas[13] que le Fils de l’homme viendra »[14].

Pierre dit alors : « Seigneur, cette parabole s’adresse-t-elle à nous, ou à tout le monde ? » Le Seigneur répondit : « Quel est donc l’intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de ses domestiques pour leur donner, en temps voulu, leur part de blé ? Heureux serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera à son travail. Vraiment, je vous le déclare : il lui confiera la charge de tous ses biens. Mais si le même serviteur se dit : ‘ Mon maître tarde à venir ’, et s’il se met à frapper serviteurs et servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, son maître viendra le jour où il ne l’attend pas et à l’heure qu’il n’a pas prévue : il se séparera de lui et le mettra parmi les infidèles. Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a pourtant rien préparé, ni accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, n’en recevra qu’un petit nombre[15]. A qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage[16] ».

Sœurs et frères, dimanche dernier Luc nous avait présenté, vous vous rappelez sans doute, la parabole de l’homme riche qui n’amassait pas pour Dieu mais pour lui-même. Alors qu’il pensait tout engranger, tout entasser pour enfin pouvoir se reposer, mener la belle vie sur la terre vraisemblablement sans avoir pour horizon le ciel, sans pouvoir songer à Dieu, sa vie dans ce corps de joie mais aussi de misère, à l’instant même, lui a été redemandée ; et ce qu’il avait engrangé, tout ce qu’il avait accumulé, est passé à d’autres mains. Vanité des vanités, nous rappelait alors Qohélet dans la deuxième lecture, vanité des vanités, tout est vanité, et donc les richesses de cette terre comme la pauvreté aussi. Ce qui est déterminant, ce qui est appelé à durer, il est au-delà de ces conditionnements lors même que ces derniers peuvent être importants dans notre quête de l’essentiel, c’est-à-dire dans notre marche vers le royaume de justice et d’amour que Jésus est venu nous révéler.

Aujourd’hui, sœurs et frères, Luc revient à la charge. Il n’est peut-être pas question d’engrangement de récoltes, mais il est quand même question d’accumulation, d’entassement ou tout au moins d’un certain manque de détachement face aux avoirs, au pouvoir qui fait que l’on est lourd, assoupi, accroché à la terre et pas assez vigilants quant aux choses du ciel : « Faites-vous une bourse qui ne s’use pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n’approche pas, où la mite ne ronge pas. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur ».

Voilà, sœurs et frères, pour contrer cette tendance presque naturelle à l’entassement, le message de Luc pour aujourd’hui, voilà ce qu’il nous rapporte de l’évangile, de la bonne nouvelle du Christ dans notre marche vers le royaume.

À travers cette injonction, puisqu’il s’agit bien d’une injonction, Luc, relayant le Christ, nous rappelle donc, comme dimanche dernier, la caducité de la vie terrestre et la précarité des agréments qu’elle offre. Sœurs et frères, notre vie, faut-il le rappeler, est éphémère ; les richesses amassées sur la terre sont fragiles. Nous sommes sans cesse sous la menace des escrocs, des arnaqueurs, des voleurs de tout genre qui cherchent à nous en dépouiller. Et la nature elle-même n’est pas toujours en reste : nos maisons, nos champs ensemencés sont menacés par les intempéries, la canicule ou les inondations qui peuvent tout balayer, les ouragans qui peuvent tout emporter. Ce que nous aurons péniblement édifié, ce que nous aurons engrangé, ce que nous aurons mis de côté peut être dévoré par les mites, nos réserves bancaires dévaluées, parties en fumée à cause des fluctuations de la bourse. Nous pouvons donc nous endormir riches et nous réveiller pauvres (Jb 27, 19) : l’assurance tout risque est un mirage, elle n’existe pas !

Sœurs et frères, qui ne le sait : si les richesses attirent, si elles nous mettent à l’abri de certains besoins, si elles nous donnent une certaine impression de confort, une certaine illusion de sécurité, elles ne sont pas moins source d’inquiétudes, elles peuvent nous empêcher de dormir en raison même de leur évanescence, de leur fragilité.

Par ailleurs, dans notre souci d’amasser, d’épargner et de protéger ce qui est épargné ou investi, nous le savons aussi, nous pouvons oublier de penser à l’autre, au prochain, qui est à côté, qui est dans la gêne et le dénuement.

Quand nous ne pensons pas à l’autre, quand nous oublions le prochain, et c’est l’évangile qui nous le dit, c’est un peu comme si nous avions oublié de penser au Dieu mendiant de nos cœurs qui se révèle aussi dans le visage de l’affamé, de l’indigent, du mal en point : ce que vous aurez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’aurez fait et du coup, ce que vous n’aurez pas fait au plus petit d’entre eux, c’est à moi aussi que vous ne l’aurez pas fait.

Le souci des richesses peut nous porter à mépriser nos frères, les malmener, à tout le moins les négliger. Il peut aussi nous porter à masquer nos propres vides, nos désirs profonds. Le souci des richesses peut nous accaparer le cœur et prendre la place du frère, la place de Dieu. L’athéisme de masse dont notre monde est de plus en plus l’objet a vraisemblablement quelque chose à voir avec ce que les sociologues ont appelé, depuis une cinquantaine d’années, les sociétés d’abondance. Il y aurait de moins en moins de place pour l’homme et pour Dieu dans le cœur de la plupart de ceux qui sont repus et qui se croient être à l’abri de tous besoins. Leur cœur est plein de ce qu’ils possèdent et font des calculs pour savoir comment le faire augmenter ! Ils sont possédés par ce qu’ils possèdent et ne peuvent songer à eux-mêmes dans la nudité de leur être profond, au prochain, à Dieu. Où est ton trésor, là aussi sera ton cœur !

Si donc vous amassez pour le royaume, sœurs et frères, votre cœur ne pourra pas être alourdi par les choses de la terre, il ne pourra pas être accroché à la terre, mais sera pris par les affaires du ciel. Et pour nous aider à nous tendre vers les choses du ciel, Luc nous propose, toujours dans l’évangile d’aujourd’hui, une méthode en nous rapportant une phrase de Jésus, une phrase radicale tout au moins en apparence : vends ce que tu as, donne l’argent en aumône et construis-toi un trésor dans le ciel !

Vends ce que tu as, tout distribuer aux pauvres, ne rien posséder, n’en rien garder pour soi, se réduire à la pauvreté, pire, à l’indigence et devoir mendier son pain comme ceux que soi-même avait voulu aider ?

Imaginez donc, sœurs et frères, le scénario, imaginez l’inhumanité et donc l’immoralité d’une telle injonction, d’une telle méthode s’il fallait la prendre au pied de la lettre !

Les premiers chrétiens déjà avaient leur façon de comprendre une injonction comme celle-là : Luc nous dit, dans les Actes des Apôtres, qu’ils vendaient tout ce qu’ils possédaient ; ils mettaient le montant aux pieds des apôtres mais en même temps, ce même Luc nous dit que ce qui était mis aux pieds des apôtres était redistribué à la communauté de sorte que personne n’était dans le besoin !

Nous sommes alors vraisemblablement assez loin du « vends et donne le tout en aumône »…au moins en son sens littéral. Il n’empêche qu’un certain Antoine l’Égyptien, et vous le savez sans doute, devenu père de la vie érémitique, aie vécu intégralement, littéralement cette exigence. À l’écoute de cette parole, il vendit tous les biens hérités de ses riches parents, il distribua l’argent aux pauvres et s’en fut au désert !

Il ne s’agit pourtant certainement pas sœurs et frères de nous dépouiller de tout ce que nous avons et ensuite mourir de faim ou devoir mendier à notre tour. Il ne s’agit pas non plus en sachant avoir un trésor dans les cieux de déserter la terre, d’être des lunatiques et vivre déjà comme si nous étions des anges. Nous sommes des hommes et des femmes, nous avons besoin d’avoir les pieds bien plantés sur la terre, nous avons des besoins à combler, nous devons nous occuper des choses de la terre, nous avons même besoin de biens matériels pour être de bons, de vrais chrétiens. Thomas d’Aquin, ce théologien important de l’Église, rappelle : il faut un minimum de biens matériels pour pratiquer la vertu, sinon on triche, on ne joue pas le jeu de la vertu.
Le problème n’est donc pas tellement, sœurs et frères, dans le fait de posséder que dans le fait d’être possédé par ce qu’on possède. Il est peut-être aussi dans le fait de glisser vite du minimum au superflu qui, comme la misère et le manque, n’est pas le plus court chemin pour aller à la vertu, au prochain, au ciel.

S’il ne s’agit donc pas de nous réduire à la misère pour avoir tout donné aux pauvres et n’avoir rien gardé pour nous, il ne s’agit donc pas non plus de se fermer les mains et le cœur, et de le jouer dur contre les autres, qui sont vite qualifiés de fainéants, de paresseux, quand ils sont indigents, quand bien même ils le peuvent être. Il s’agit de ne pas rester rivés à nos égoïsmes, de prendre conscience que l’homme ne vit pas seulement de pain. Il s’agit de ne pas laisser nos cœurs s’épaissir, s’endormir dans les habitudes du siècle, dans la sécurité d’un confort qui méprise le prochain, qui éloigne de Dieu. Il s’agit de rester en tenue de veille, de rester ouverts sur le ciel, sur le prochain et sur Dieu qui nous parle. Il s’agit, sœurs et frères, de rappeler comme nous le dit l’épitre aux Hébreux, sur la terre, nous sommes des pèlerins, des voyageurs vulnérables, que nous avons besoin les uns des autres, que nous avons besoin de nous ancrer en Dieu.

Et bien sûr pour cela, il nous faut l’humilité, il faut nous décentrer, ne pas nous laisser posséder par ce que nous possédons, il nous faut la charité mais aussi l’espérance et la foi.

Puissions-nous continuer de répondre à la grâce de Dieu répandue dans nos cœurs en vue de l’accomplissement de ce programme. Amen


Fr. Jorel FRANCOIS, o.p.
Article publié le 11 août 2013