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Possibilité de rencontrer un frère (confession, bénédiction ou demandes de messes)
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XXIXe Dimanche du Temps de l’Eglise

Homélie du frère Dominique Barré, o.p.

Cette veuve, dont parle Jésus dans sa parabole, qui à force de casser la tête au juge inique obtient de lui justice envers son adversaire, cette veuve doit-elle repartir chez elle satisfaite ? Bien sûr, elle a obtenu justice, et ce n’est pas rien, il ne faut pas minimiser l’événement. Néanmoins si la veuve est satisfaite, nous ne pouvons nous satisfaire de ce que le juge s’enferre dans sa position : Il ne craint pas Dieu et il se moque des hommes. La justice rendue hommes par les hommes aura toujours quelques chose de défaillant. Pour que la justice soit parfaite, juste doit être le juge, juste doit être la loi, juste doit être son application, enfin le justiciable doit admettre une juste compréhension de la justice ; et de surcroît que ces aspects soient reconnus par tous, universellement, pour que la concorde advienne. Mon Dieu ! Combien de temps devrons-nous encore patienter avant que toute justice soit accomplie et respectée ? Ainsi l’imperfection de la justice ici-bas subsiste. Et tant que l’imperfection de la justice persiste, la violence des hommes entre eux fait rage. Faut-il baisser les bras ? Non car la justice existe. Et heureusement pour les hommes, existe la justice qui ne vient pas d’eux mais qui est faite pour eux. Cette justice, qui est l’unique et véritable, c’est la justice de Dieu. La justice de Dieu, cette expression fait froid dans le dos de beaucoup et même parmi les croyants… Mon Dieu ! Et si Dieu se montrait inique, injuste, incompréhensif ? Voici une petite litanie plus ou moins consciente que l’on associe volontiers à l’idée de justice de Dieu : sanction, accusation, rejet. Tremblant que nous sommes, on craint aussi la punition, la répression, la condamnation, le châtiment et le meilleur pour la fin : la damnation. Mais si nous doutons de la justice de Dieu, quelle justice pouvons-nous attendre ? Quand Jésus, à la fin de la finale du passage de l’évangile, s’interroge : Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? Quand Jésus s’interroge ainsi, il nous demande si nous aurons la foi dans la Justice de Dieu quand il reviendra. Car si la justice de Dieu, la véritable justice, si la justice n’est pas attendue, à quoi servira-t-elle ? Qui en bénéficiera ? Et si, et si dans la justice de Dieu on entrevoyait d’abord une délivrance, un soulagement, une remise de toute chose dans l’ordre, une perfection éblouissante, un apaisement, une consolation, un sauvetage de l’humanité, une victoire ? La semaine dernière on m’a annoncé la mort d’un vieux monsieur. Très discrètement on m’a aussi dit qu’à la demande de sa famille, on lui avait fait une injection (qui avait provoqué sa mort)… Le jour des obsèques, j’ai prié pour le repos de l’âme de ce monsieur. Puis soudain m’est venue aussi l’idée de prier pour la famille qui avait demandé cette euthanasie et pour le médecin qui l’avait pratiquée. Pour eux, je n’ai pas demandé que la condamnation retombe sur eux mais à Dieu j’ai demandé : pitié pour eux. J’ai demandé à Dieu que malgré leur terrible faute, leur cœur s’ouvre à la vérité et à l’amour véritable qui vient de Dieu. J’ai demandé ici à Dieu que sa justice soit faite, c’est-à-dire que j’ai demandé à Dieu non pas la mort du pécheur mais qu’il vive, comme Dieu le clame lui-même dans l’Ecriture. Pour que le pécheur découvre la bonté de Dieu. Cette prière, cette façon de voir et de faire, est ce qu’on appelle l’intercession. Dans l’intercession, on demande à Dieu de prendre patience, de faire miséricorde. Quand les choses deviennent humainement impossibles, il nous reste toujours la justice de Dieu qui se confond avec sa miséricorde. La miséricorde de Dieu est sa justice qui se dilate dans le temps. A l’avènement du Christ, nous sommes entrés de plain-pied dans le temps de la patience merveilleuse de Dieu. La patience de Dieu ne s’apparente pas une tolérance contrainte, à une patience prête à tout moment à se muer en une brutale impatience. La patience de Dieu est l’expression de sa miséricorde. Aussi quand Dieu fait justice, il attend patiemment que l’on s’ouvre à sa vérité qui délivre, à sa vérité qui fait vivre. Le Christ s’est montré patient, jusque sur la croix. Et à sa résurrection, ayant accompli toute justice, il n’a pas remise en cause sa patience. Mais d’une certaine façon, nous n’attendons pas : car croire au Christ, c’est obtenir la justice de Dieu, sans délai. Et depuis, curieusement, Dieu attend que l’on patiente avec lui, que l’on s’accroche à sa justice, que l’on intercède pour les hommes, quelle que soit leur situation. Dans la 1ère lecture nous sommes témoins de l’intercession de Moïse en faveur de son peuple jeté dans la guerre. Et Moïse lui-même bénéficie de l’aide de ses frères pour que son intercession ne défaille pas. Cette chaîne d’intercesseurs est l’immense chaîne des croyants. La puissance de la foi et de l’espérance est à l’œuvre dans le monde bien que le monde ne puisse la voir. C’est vrai que nous voyons impuissants que notre monde manque à tout instant d’être submergé par les injustices de toutes sortes. Mais voyons-nous que la patience de Dieu est plus criante encore ? Où nous situer alors ? Du côté de la veuve de la parabole. Notre bonne veuve insupportable est un modèle. Pourquoi une veuve ? Au temps du Christ, les veuves, privées d’un époux pour les défendre, témoignaient de la fragilité et de l’impuissance. Cette faiblesse de cette veuve est la nôtre. Mais cette veuve est également notre modèle en ce qu’elle témoigne de sa persévérance, de son opiniâtreté et de son exigence. Cette veuve est-elle elle-même un exemple de justice ? L’évangile ne le précise pas. Elle veut obtenir justice et elle l’obtiendra ! Savons-nous que nous n’importunons jamais Dieu, que nous le dérangeons jamais ni le fatiguons par nos demandes multiples, constantes aussi farfelues, capricieuse que légitimes ? Souvenons-nous d’Abraham qui dans une audace folle tînt tête à Dieu en intercédant en faveur des habitants de Sodome et de Gomorrhe. Et Marie, à Cana, n’a-t-elle pas en quelque sorte précipité la volonté de son Fils ? A Lourdes, ne sentons pas dans le cœur de ce peuple que gronde une immense et puissante intercession. Intercéder, c’est faire pression sur Dieu, non pour le contraindre, mais pour lui témoigner que nous n’oublions pas sa justice qui est notre seul et bienheureux recours. Et la vertu de l’intercession n’est pas seulement d’obtenir mais de découvrir la justice selon Dieu, ce qu’on appelle aussi la conversion. L’intercession est au cœur de la mission universelle de l’Eglise. L’intercession s’enracine dans cette audace incroyable de la prière qui est aussi un courage, une attitude ferme devant Dieu et les hommes. Sans prétendre occuper la place de Dieu. Car c’est à Dieu de rendre toute justice et heureusement pour nous car Dieu à la différence du juge inique ne se moque pas des hommes car Dieu se respecte lui-même. On se demande quand même pourquoi Dieu prend-il autant de temps pour faire justice et soulager le monde ? Et bien que chacun regarde sa propre vie et il verra l’infinie patience dont Dieu use envers chacun de nous. Ainsi plein de gratitude envers Dieu, peut-être gémirons moins sur nous-mêmes et intercéderons davantage pour les autres, pour que tous les hommes soient sauvés, pour que la justice de Dieu nous éblouisse. Et que comme lui nous ne regrettions pas d’avoir patienté. Amen


Frère Dominique BARRE, o.p.
Article publié le 23 octobre 2013