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2eme Dimanche de l’Avent

Homélie du frère Jorel François, o.p.

Dies illa, dies irae ! Les plus anciens connaissent le refrain et s’en souviennent ! On leur en avait tellement rabattu les oreilles en ces temps où Dieu était un Être terrible ! Dieu était si terrible, si intraitable qu’au lieu de l’aimer, il fallait plutôt le craindre, trembler pour soi-même et pour ses proches, supplier encore et encore pour apaiser son visage menaçant, comme si, sans cesse en courroux, il n’avait créé que pour jeter en enfer, punir, châtier, et jouir des châtiments infligés, prendre plaisir à nous voir gémir, peiner et souffrir ! Il fallait, avec crainte et tremblement, travailler à gagner son ciel, comme si le ciel on pouvait le mériter ! Ainsi le commandait, en tout cas, la religion de la peur, et la peur, n’est-elle pas encore le ressort caché de certaine religion, de certaine vision de Dieu ?

« Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Voilà les propos avec lesquels Jean-Baptiste reçoit la démarche des pharisiens et saducéens qui ont fait des kilomètres, qui ont laissé Jérusalem, ville bénie s’il en est, ville où se brassent les affaires de Dieu et de César, voilà comment Jean reçoit ces notables qui ont quitté leur confort pour venir le rejoindre dans son désert, dans cet environnement austère et sauvage…où, fuyant la civilisation, la dégénérescence, il faisait l’expérience des conditions primitives, pour retrouver une certaine innocence, un certain Éden. On eut dit que Jean acquiesce à l’image du Dieu terrible que nous avons évoquée. Jean n’y est pas allé de main morte, il semble au contraire avoir tout fait pour décourager ces potentats de la religion juive qui venaient à lui. Paradoxalement, interpellés par la rudesse de ce prophète atypique, ces derniers, enthousiastes, accourent s’attrouper au désert, et recevoir le baptême.

Qui vous a dit comment faire pour échapper à la colère divine ? La voix de Jean tonne, rudoie, elle se veut sévère, menaçante. Entend-elle rappeler celle d’autres prophètes de l’Ancien Testament, ou peut-être même celle du Dieu montagnard qui fulminait caché dans l’orage, le Dieu du Sinaï qui ne parlait qu’à travers les hurlements et les grondements de tonnerre au point qu’Israël lui-même demandait de ne plus l’entendre ?

Nous sommes encore dans l’Ancien Testament, c’est-à-dire à l’époque des figures, au temps des images des réalités à venir. Le royaume n’est pas encore au milieu de nous, il n’est pas encore en croissance dans les cœurs ! Mais Jean-Baptiste le voit venir, tel Balaam, le fils de Béor, il le voit s’approcher, le royaume n’est pas loin, il est même imminent. La cognée est déjà en position de frappe. Les temps se font courts. Israël a assez tergiversé, ce peuple à la nuque raide a assez perdu de temps, maintenant il doit se dépêcher s’il ne veut pas être pris de court !

Jean, c’est la voix du crieur que le prophète Isaïe avait annoncé, Jean tonne, fulmine, Jean ne décolère pas, il faut que le peuple s’active s’il ne veut pas tout perdre, il faut qu’il se remette en marche, et courir s’il veut être au rendez-vous du royaume, s’il ne veut pas que ce royaume lui soit enlevé et donné à d’autres !

Sœurs et frères, il n’est pas vrai que Jean Baptiste prêchait dans le désert. Prêcher dans le désert, c’est parler sans être entendu, c’est s’égosiller, se démener pour rien. Or dans le cas de Jean, le texte ne nous le dit que trop : ses rudoiements, ses haussements de ton, ses coups de colère, ses coups de sang n’ont pas été des coups d’épée dans l’eau. Ce qu’il a clamé, ce qu’il a tonné a fait son chemin dans les oreilles et dans les cœurs, et c’est presque tout Israël, à en croire l’évangile, qui est venu à lui.

Toute la Judée et la région du Jourdain, telle Ninive en réponse à la prédication de Jonas, tout le peuple ou presque s’est mis en route. Tout d’un coup, petits et grands ont pris conscience de leurs péchés. Et ils sont venus le trouver pour crier leur regret, et déclarer souhaiter en découdre avec le péché, confesser leur volonté de tourner la page, de se convertir.

Se convertir, se laisser surprendre, se retourner du tout au tout pour revenir au Seigneur, retrouver les conditions de l’araméen errant, se désinstaller et se mettre en chemin avec le Dieu nomade qui demande de se dépayser, de lâcher les amarres et prendre le large. Mais tout cela se limiterait-il à un bain d’eau, fut-il pris en terre promise et de la main du nouvel Élie ? Ne serait-ce pas se donner bonne conscience à peu de frais ?

Les auditeurs de Jean croient-ils qu’il va en rester à cela comme s’il suffisait de se faire baptiser pour entrer dans la démarche de préparation du royaume, comme s’il suffisait d’être de la descendance d’Abraham selon la chair pour faire partie de ses fils selon la foi, selon l’esprit ? Que signifie se repentir, qu’implique cette conversion dans le contexte de la prédication de Jean Baptiste ?

Cette conversion est un retournement certes, mais il sous-tend un engagement et il est radical : il s’agit de produire des œuvres en adéquation avec le bain d’eau reçu, il s’agit de produire des œuvres de justice, de bonté en fonction de son état, en fonction de sa situation.

Avez-vous deux tuniques ? Leur disait Jean-Baptiste, dans l’évangile selon Saint Luc, vous n’avez peut-être pas besoin de tout cela ; peut-être y-a-t-il un confrère qui n’en a pas du tout. Vous avez deux tuniques ? Donnez-en une à celui qui n’en a pas. Et que celui qui a de quoi manger fasse de même (Lc 3, 10).

Êtes-vous un publicain, un collecteur d’impôt ? Certes vous avez acheté votre charge, certes vous collaborez avec l’occupant romain, vous faites peut-être mal, car vous trahissez votre peuple, mais n’extorquez personne, n’exigez rien de plus que ce qui est fixé par la loi...

Êtes-vous militaire ? On le sait, c’est un job que vous faites, puisque l’armée romaine embauchait des mercenaires. La force est alors de votre côté, mais de grâce, ne vous en abusez pas. Pas de brigandages, pas de déprédations, pas de rapines ! Contentez-vous de votre solde.

Vous n’êtes pas militaires, mais vous êtes pharisiens ? Tout le monde sait alors que vous êtes tatillon, vous avez la manie de fendre le cheveu en quatre, vous en mettez plus qu’il ne faut sur le dos des gens. Arrêtez et considérez l’essentiel, d’autant plus que vous-même, au fond de votre conscience, vous savez que le fardeau est trop lourd à porter. Ce n’est pas pour qu’Israël redevienne esclave que Dieu lui avait fait sortir d’Égypte !

Peut-être n’êtes-vous pas pharisien mais sadducéen ? Là encore tout le monde le sait : vous êtes de la plus haute hiérarchie de la société judéenne ; vous êtes riche, vous êtes traditionnaliste, vous ne croyez ni en l’immortalité de l’âme, ni en la résurrection des morts. Vous avez pourtant profité de la présence des Romains pour évacuer les prêtres de la tribu de Lévi et faire mains basses sur le Temple. Eh bien, tels les esséniens, je vous le dis, reconnaissez que vous n’êtes pas de la descendance d’Aaron ni de Lévi, et donc si vous êtes prêtre, c’est que vous êtes un usurpateur… Ne vous faites donc pas passé pour qui vous n’êtes pas, ne soyez pas un imposteur !

Voilà au moins, sœurs et frères, pour rester dans les bornes de l’évangile, voilà au moins jusqu’où mène la conversion dans le contexte de la prédication de Jean, voilà ce à quoi elle engage : elle oblige à s’ajuster à la justice de Dieu, c’est-à-dire à sa miséricorde, elle oblige à travailler pour la paix. C’est cela être baptisé en signe de conversion, c’est cela préparer le chemin du Seigneur, c’est cela que chercher le royaume de Dieu.

Le royaume de Dieu est un royaume de justice, d’amour et de paix, ce n’est pas un royaume d’usurpation, de rapines, d’injustices et de violence. Et ce royaume, c’est lui qui vient à notre rencontre, c’est lui qui se donne à nous quand bien même il nécessite notre participation, quand bien même il sollicite notre liberté.

Jérusalem, voici votre Dieu qui vient, la justice marche devant lui et la paix trace son chemin. Parce qu’il vient vers vous, parce qu’il est doux et clément, parce qu’il est miséricordieux, pratiquez des œuvres qui correspondent aux siennes ; son royaume est proche, il veut établir sa tente au milieu de vous. Que son règne vienne ! Amen.


Frère Pierre VEILLER, o.p.
Article publié le 9 décembre 2013