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Troisième dimanche de l’Avent

Prédication du frère Jean-Marie Mérigoux, o.p.

Evangile selon saint Matthieu, 13, 2-33

Frère et Sœurs,
Jean-Baptiste était précédemment dans le désert où il annonçait la Parole de Dieu, invitant les fidèles au baptême de l’eau. Jean-Baptiste est maintenant en prison et c’est là que la Parole de Dieu qui va lui être annoncée personnellement, l’invitant au témoignage suprême. Sur les rives du Jourdain, les appels du Précurseur avaient retentis, remettant sur le bon chemin des foules de fidèles qui s’égaraient loin du Seigneur.
Mais à côté de ses succès, le Baptiste avait connu des échecs : beaucoup de ses auditeurs avaient préférés rester esclaves de leurs péchés et du démon sans changer de vie : malheureux, ils s’étaient alors enfoncés encore dans leurs désordres et dans l’absurdité de leur vie : Ennemis de Dieu, ils avaient rejeté les paroles de celui qui était « plus qu’un prophète » et que Jésus avait désigné comme « le plus grand des hommes », bien qu’il appartienne à l’Ancienne Alliance, plus petite que la Nouvelle, lui, « ce petit enfant, appelé prophète du Très –Haut ».
C’étaient Hérodiade et Hérode qui avaient mis Jean en prison car son enseignement condamnait leur vie de débauche, essayant ainsi d’étouffer sa voix et de le faire taire. Tel est bien le sort dramatique de la nature humaine : si elle s’oppose à la Loi de Dieu, elle fait son propre malheur. Si l’homme refuse ce que lui enseigne le Christ sur sa propre condition de créature, il ne se comprend plus lui-même, il ne peut plus savoir ce qu’il est : il part alors vers des dérives mortifères et ne peut que retomber sur lui-même, de tout son poids, et plonger dans le néant. Seule notre conversion vers le Seigneur et notre orientation vers l’Evangile, peuvent nous permettre de réaliser notre vocation de créature créée à l’image de Dieu et d’enfant de Dieu. Nous trouvons à ce sujet un enseignement lumineux de Benoit XVI dans l’exhortation apostolique « La Parole du Seigneur » (§6) : « Créés à l’image et à la ressemblance de Dieu amour, nous ne pouvons nous comprendre nous-mêmes que dans l’accueil du Verbe et dans la docilité à l’œuvre de l’Esprit Saint. C’est à la lumière de la révélation opérée par le Verbe divin que se clarifie définitivement l’énigme de la condition humaine ».
Jean Baptiste avait été victime de sa prédication : il était en prison, comme blessé, pour avoir annoncé le Royaume de Dieu et ses exigences. Mais le Précurseur du Seigneur, ne se comprenait pas encore bien lui-même, il n’avait fait encore fait le tour du mystère de Celui qu’il annonçait. Jean vivait lui-même le mystère déroutant et incompréhensible de la souffrance de l’innocent, du juste persécuté : là encore, il précédait Jésus dans son agonie, celle du juste par excellence qui sera mis à mort, mais qui connaitra un jour la victoire par sa Résurrection.
« Jean le Baptiste, dans sa prison, avait appris ce que faisait le Christ », mais maintenant il avait besoin d’entendre, lui-même, la prédication de Jésus, ce dont il n’avait pas encore eu l’expérience : C’est alors qu’un message personnel de Jésus va lui être adressé. La prison était une épreuve pour Jean, mais elle fut aussi pour lui le temps de son union parfaite avec Celui dont il avait révélé la présence parmi les pécheurs et, à qui il avait annoncé que Jésus les plongerait dans l’Esprit Saint.
Bien des siècles après lui, saint Jean de la Croix, le réformateur de l’ordre du Carmel, que nous fêtions hier, a vécu l’épreuve de la prison et c’est là qu’il écrivit ses plus belles œuvres mystiques, persuadé par son expérience et l’amour du Christ « qu’il est impossible de comprendre la profondeur de la sagesse et des richesses de Dieu sans pénétrer dans la profondeur…des souffrances extérieures et intérieures ».
« Jean le Baptiste, dans sa prison, avait appris ce que faisait le Christ » et pourtant il s’interrogeait encore sur Celui dont il fut le précurseur, le prodrome, celui qui courait devant lui. Était-il un déçu ? Pourquoi n’était-il pas libéré de cette prison où il avait été mis pour avoir annoncé son Règne ? Nul doute qu’il repensait alors au prophète Isaïe son prédécesseur : ses prophéties se réalisaient bien avec Jésus : « Les yeux des aveugles s’ouvriront, ainsi que les oreilles des sourds ; la bouche du muet criera de joie et les captifs reviendront à Jérusalem ».
Mais Jean, « le plus grand des prophètes », était maintenant enchainé dans une cave obscure, et il s’interrogeait : y aurait-il un « au-delà » à ce Messie, à celui qu’il avait annoncé et dont il avait si bien préparé la venue ? Comme Jean avait encore quelques disciples, ceux-ci vont directement aller poser la question à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? ».
La réponse de Jésus fut immédiate : Tout ce que le prophète Isaïe a annoncé se réalise bien, mais il faut encore ajouter deux choses, deux nouveautés : « Les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ».
La voilà donc, la grande nouvelle, encore assez mystérieuse, c’est que « les pauvres sont évangélisés » et cela, Jésus semble l’annoncer triomphalement comme le signe des temps nouveaux qu’il est en train d’instituer. Quand Jésus commença à annoncer le Royaume, des foules de déshérités le suivaient, et ainsi se manifestait ce qu’il avait dit de lui-même : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres » (Luc, 4, 18).
Dans sa belle exhortation apostolique « La joie de l’Évangile », le pape François souligne la place des pauvres dans l’Eglise : « Les pauvres ont une place de choix dans le cœur de Dieu, au point que lui-même « s’est fait pauvre » (2 Cor 8, 9)… Le Sauveur est né dans une mangeoire, parmi les animaux, comme cela arrivait pour les enfants les plus pauvres… A ceux qui étaient accablés par la souffrance, opprimés par la pauvreté, il assura que Dieu les portait dans son cœur : « Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous » (Lc 6, 20)… il s’est identifié à eux : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger », enseignant que la miséricorde envers eux est la clef du ciel (cf. Mt 25, 35...)… Pour l’Eglise, l’option pour les pauvres est une catégorie théologique avant d’être culturelle, sociologique, politique ou philosophique. Dieu leur accorde « sa première miséricorde ».
Et, à la suite de Jean Paul II, le Pape continue : « Cette préférence divine a des conséquences dans la vie de foi de tous les chrétiens, appelés à « avoir les mêmes sentiments qui sont dans la Christ Jésus » (Ph 2, 5). Inspirée par elle, l’Eglise a fait une option pour les pauvres, entendue comme une forme spéciale de priorité dans la pratique de la charité chrétienne dont témoigne toute la tradition de l’Église ». Nous sommes là au cœur de la Prédication de Jésus et de cette « Joie de l’Évangile » à laquelle le pape nous invite en cette période de « Nouvelle évangélisation ».
L’emprisonnement de Jean-Baptiste, nous rappelle aussi l’actualité de notre monde, lancinante, souvent inimaginable tant elle est cruelle, avec le cortège de terribles souffrances de tant de populations qui sont, en ce moment–même, privées de nourriture et de soins, emprisonnées, torturées, terrorisées, chassées de leurs pays, dispersées sans logements, menacées dans leurs propres pays, des chrétiens persécutés ou martyrisés pour leur foi et à tout cela il faut encore ajouter l’immense foule des malades qui, à travers le monde, dans des hôpitaux, sont affrontés à la souffrance et au mystère de la mort.
Comme Jean –Baptiste, nous nous interrogeons aussi sur ces malheurs : cesseront-ils ? Que faut-il attendre comme salut ? C’est alors que le mystère de la Croix de Jésus vient se joindre à celui des souffrances de l’humanité sans vraiment les supprimer. Jésus avait manifesté à saint Jean Baptiste l’évidence de la crédibilité de la foi, même si restait obscure. Il lui avait révélé qu’autour de lui les morts ressuscitaient, et ce message adressé à Jean vient raviver en nous la foi en la Résurrection de Jésus, il éclaire aussi et nous donne confiance.
En ce temps de l’Avent, saint Jacques nous invite dans sa Lettre, à attendre la venue du Seigneur, avec une patience semblable à celle des cultivateurs qui attendent la récolte. La préparation à la célébration de la Nativité du Seigneur, Emmanuel, nous invite à prendre davantage conscience, grâce à la liturgie, de l’immense portée de la première venue de Jésus, à Bethléem, dans la pauvreté ; elle nous invite aussi à attendre sa seconde venue, glorieuse et victorieuse, à la fin des temps : ce jour où Jésus-Christ essuiera toute larme et détruira la mort par la force de la Résurrection, en ce jour où Dieu comblera de ses richesses tous ceux qui l’auront attendu avec amour, recevant alors le même héritage que son Fils bien aimé. Amen


Frère Jean-Marie MERIGOUX, o.p.
Article publié le 17 décembre 2013