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Quatrième dimanche de l’Avent

Homélie du frère Romaric MORIN, O.P.

Mais enfin ! Les anges seraient-ils donc à ce point laids ou effrayants pour que dans la Bible leur apparition suscite toujours un mouvement de crainte. Au point que l’ange doive entamer la conversation par un « ne crains pas » qui se veut rassurant. « Ne crains pas », au sens littéral du terme : « n’aie pas peur », c’est-à-dire, « ne redoute aucun mal ». A la différence du gendarme pour l’automobiliste, ou de l’interro surprise l’étudiant, ni l’ange, ni Dieu qui l’envoie, lorsqu’ils se manifestent, ne sont à craindre tels des oiseaux de mauvais augure. Ni l’ange ni Dieu ne sont à craindre, comme s’ils venaient pour nous affliger d’une manière ou d’une autre. Comment pouvons-nous éprouver à l’égard de Dieu ou de ses anges un mouvement de crainte ? Comment pouvons-nous redouter Dieu comme un fléau qui nous veut du mal ? Dieu peut-il vouloir autre chose que le bien ? Dieu n’est-il pas amour ? Et le parfait amour ne bannit-il pas la crainte ? En ce sens donc, lorsque l’ange s’adresse à l’homme et lui dit « ne crains pas », il entend simplement lui signifier qu’il n’a pas à le redouter car il est bon et ne lui veut aucun mal.

D’où vient alors que la première réaction de l’homme puisse être un mouvement de crainte ? Si cela ne tient ni à Dieu ni à l’ange qui sont naturellement bons, cela tient donc à l’homme qui se sait pauvre pécheur, limité et fragile. Lorsqu’il se trouve face à l’infini de Dieu, face à son immense bonté et sa pureté absolue, l’homme n’en perçoit que plus douloureusement sa propre petitesse. Il est alors saisi de crainte, pour ne pas dire écrasé. Tel Adam qui, après le péché originel, alors que Dieu s’approche de lui dans le jardin, se cache car il sait qu’il est nu et il a peur. Tel s. Pierre qui, après la pêche miraculeuse, se jette au pieds du Christ en s’écriant « éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ». Et pour le coup, cette crainte ne manque pas de beauté. Car elle est en définitive l’hommage de la petitesse à la grandeur. En ce sens donc, lorsque l’ange s’adresse à l’homme et lui dit « ne crains pas », il entend simplement lui signifier qu’il n’a pas à redouter sa propre petitesse car il a trouvé grâce aux yeux de Dieu. Dieu a jeté les yeux sur son humble serviteur ou son humble servante.

Et l’ange qui apparaît à Joseph, alors ? Car, certains l’auront remarqué, il ne lui dit pas « ne crains » mais « ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse ». Le motif de la crainte ne serait donc pas ici dans l’apparition angélique elle-même mais dans l’accueil de la Vierge Mère. Si la remarque est pertinente, elle ne change pas grand-chose pour autant. Car accueillir Marie chez soi, c’est accueillir avec elle celui qui est en son sein, à savoir Dieu lui-même. Ne crains pas, Joseph, d’accueillir Marie chez toi. Ne crains pas d’accueillir son enfant chez toi. Ne crains pas d’accueillir Dieu chez toi. Pour Joseph également, il s’agit donc de ne pas craindre Dieu qui s’approche. Et non seulement qui s’approche mais plus encore qui vient demeurer chez lui. Joseph, dit l’ange, ne crains pas l’irruption de Dieu au cœur de ta vie. Ne sois pas comme ces bêtes prises aux pièges qui s’agitent apeurées à l’approche de celui qui vient les délivrer de leur piège.

Il est vrai, cela suppose de faire confiance à celui qui s’approche et de reconnaître en lui un sauveur. Et pour cela, encore faut-il que le sauveur s’approche sous les atours rassurants du libérateur et non sous les dehors inquiétants du chasseur. Voilà pourquoi Dieu se fait petit enfant. C’est pour ne pas nous effrayer quand il s’approche de nous qu’il prend notre humanité, qu’il se fait homme. Et non seulement qu’il se fait homme, mais plus encore qu’il se fait petit d’homme. Qui, à l’exception du roi Hérode, pourrait redouter un nourrisson si inoffensif ? Dieu se fait tout petit pour que nous n’ayons pas peur de lui et que nous le laissions s’approcher. Comprenons alors pourquoi, lorsque nous doutons de son amour, lorsque nous doutons de sa bienveillance, lorsque nous doutons de sa bonne volonté, lorsque nous doutons des intentions de Dieu quand il s’approche de nous, lorsque nous voyons en lui un chasseur et non un sauveur, oui comprenons que, nous l’offensons alors de la manière la plus violente qui soit. Alors qu’il avance désarmé, doux et humble de cœur, nous, de peur, nous barricadons notre cœur. De peur de ce que Dieu pourrait nous dire ou nous demander. Mais alors, qu’en est-il vraiment confiance en lui ? Qu’en est-il vraiment de notre amour pour lui ? Qu’en est-il vraiment de notre foi en son amour pour nous ?

A l’instar de s. Joseph, ne craignons pas de prendre Marie chez nous, et avec elle, l’Enfant Dieu qui est en son sein. Car ce petit d’homme qui va naître est là pour nous prouver que rien n’advient en ce monde qui n’ait été voulu par un Dieu qui ne sait qu’aimer. Nous n’avons rien à redouter de lui. Amen.


Frère Romaric MORIN, o.p.
Article publié le 22 décembre 2013