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trait

Carême 2014 - 1er Dimanche

Homélie du frère Jean-Marie Mérigoux, O.P.

« Après son baptême, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon ».
Frères et Sœurs,
Nous pouvons le constater, il n’y a pas eu d’intervalle de temps entre ces deux événements : le baptême de Jésus et sa tentation au désert, ils se sont suivis sans transition :
« Après son baptême, Jésus fut conduit au désert ».
La Tentation au désert, fut pour Jésus une terrible épreuve, une humiliation, un horrible face-à-face avec son ennemi, une grande souffrance devant ces pièges démoniaques, les mensonges de celui qui est aussi notre ennemi ; l’ennemi du genre humain qui a cherché, en agressant Jésus, à atteindre aussi les enfants de Dieu, dans le but de faire leur malheur, en les séparant de Dieu pour une mort éternelle. L’évangile de saint Matthieu, nous le voyons, montre, qu’aussitôt après avoir quitté le désert, Jésus commença sa vie publique jusqu’à sa mort sur la Croix.
Mais la liturgie, elle, a choisi de différer de plusieurs semaines, l’évocation de la Tentation au désert et de nous faire revivre, immédiatement après la célébration du Baptême de Jésus, l’essentiel des événements de sa vie publique : sa prédication, ses prières, l’appel des disciples, ses exorcismes et ses miracles. Il semble donc que la Liturgie ait voulu retarder la célébration de la rencontre de Jésus avec le démon pour nous introduire plus directement à la compréhension de ce que nous allons revivre durant la Semaine Sainte : les souffrances et la mort de Jésus sur la croix et l’ultime assaut de ce démon que nous avons vu opérer dans le désert. Il nous faut bien voir et comprendre qui est l’auteur de cette tragédie, d’où est venu le déchainement de ces forces du mal contre Jésus : elles furent guidées par le démon, en utilisant la complicité des hommes pécheurs, de toutes époques.
Au désert, le démon avait été vaincu par Jésus, il sera encore vaincu au Calvaire alors qu’il croira avoir triomphé de lui en le faisant mourir : et ce sera alors le moment de la victoire de la Résurrection :
« Il est vaincu le prince de ce monde », « Mort où donc est-elle ta victoire ? »
C’est que le démon, le diable, a usurpé sa domination sur le monde des hommes par un épouvantable péché qui fut une terrible trahison du Créateur, la profanation et le dévoiement de tous les dons qui lui avaient été faits par Dieu. Il a utilisé son pouvoir angélique pour se faire prince de ce monde, il a usurpé un pouvoir de domination qui n’appartenait qu’à Dieu : en étendant son empire, il ne cesse de causer d’immenses ravages spirituels et il cherche à faire le malheur de ceux à Dieu a destiné le Royaume des Cieux.
L’auteur de ce vol, de l’usurpation de ce qui appartient à Dieu, a alors pressenti, confusément, ce que pouvait être la mission de Jésus : le chasser de ses terres et libérer le genre humain de ses griffes. Jésus va, en effet, entreprendre la reconquête de son Royaume, lui le vrai Roi de l’univers, l’ami des hommes et cette reconquête sera une œuvre de « Rédemption », d’un rachat qu’il paiera de son sang. Jésus va livrer le combat contre l’usurpateur et nous libérer ainsi de celui qui voulait notre malheur. Ce combat eschatologique va marquer l’histoire de l’Église et celle de toutes nos destinées personnelles. Si nous ne sommes plus en situation de Paradis terrestre, nous sommes maintenant en régime de Rédemption, une phase douloureuse pour chacun d’entre nous, comme elle fut pour le Christ ; mais il fallait ouvrir pour nous les portes du Royaume de Dieu, devenu désormais le seul Paradis.
« Si nous souffrons avec le Christ, avec le Christ nous régnerons »
Il était donc opportun, peu de temps avant de revivre avec la Liturgie les souffrances du Christ et aussi pour en bien comprendre la cause, avoir, comme sous nos yeux, le profil de l’auteur de cette lutte qu’il a mené avec ses légions, contre Celui qui est « descendu du ciel pour notre salut », donc pour nous arracher à son emprise et à son harcèlement. Comment en effet comprendre cet acharnement contre Jésus si on ignore ce terrible ennemi qui, ayant échoué à le tenter Jésus dans son âme et dans sa mission de Sauveur, va le vaincre pour quelques heures, physiquement, par la mort corporelle, cette conséquence du péché nous dit saint Paul : « Le péché est entré dans le monde, et par la péché la mort »
L’auteur du péché a utilisé toutes les complicités humaines pour faire tomber Jésus aux mains des pécheurs et il le fit souffrir sous Ponce Pilate.
Les 40 jours la Tentation de Jésus, différés, vont maintenant se superposer liturgiquement à la dernière période de la vie de Jésus : 40 jours qui vont nous préparer à Pâques par un temps qui sera pour nous, à notre tour, un temps béni de conversion, d’amitié renouvelée avec le Christ, de prise de contact plus assidue avec sa Parole et avec la vie selon l’Evangile. Mais réalisons aussi que pendant 40 jours et 40 nuits, Jésus a surtout beaucoup prié : ce fut le temps d’un dialogue intense avec son Père, dans l’Esprit Saint. Les évangélistes nous montrent souvent que Jésus, au cours de son ministère, aimait se retirer dans des endroits déserts pour y prier. Ceci nous montre que la prière doit précéder nos activités et être présente au cœur de notre vie. La prière est aussi une arme invincible contre les agissements du démon qui a horreur des prières qui nous unissent à Dieu. La méthode utilisée par le démon pour nous tenter, comme il avait essayé de le faire avec Jésus, c’est de s’attaquer à notre notre raison, c’est de nous faire perdre la raison, de détruire notre intelligence, lui, qui a sombré dans une profonde folie en s’opposant à Dieu, l’acte le plus fou que l’on puisse imaginer. Le démon veut donc nous faire commettre des choix inintelligents, irrationnels, en opposition avec la vérité divine, contre Dieu, car le péché est toujours un désordre de la droite raison, c’est-à-dire orientée vers Dieu. Le monde dans lequel nous vivons est souvent le domaine du mal et donc le démon l’utilise pour essayer d’arriver à ses fins : lorsque les hommes « aiment le monde et ce qui y a dans le monde », et non pas Dieu, le démon triomphe : l’amour du monde et de ses convoitises, de son orgueil et de sa violence sont les formes courantes de l’adhésion des hommes à l’empire de Satan. Si nous nous abandonnons aux appels du monde, à ses publicités, à ses images qui paralysent nos intelligences et polluent nos esprits, nous entrons dans le jeu des tentations qui conduisent au péché.
Ne pouvant tenter Jésus au niveau de sa nature humaine parfaitement soumise à sa divinité, le diable avait cherché à porter atteinte à sa mission eschatologique de Sauveur des hommes : il lui avait proposé des choix empreints de folie, contraires à la raison : manger des cailloux qui seraient devenus des pains, prendre possession des royaumes de la terre en adorant celui qui les a usurpés et volés à Dieu, se moquer des lois de la physique et de la loi naturelle que Dieu lui-même a fixées dans sa sagesse créatrice, c’est aller à l’échec et à la mort. Jésus refuse toutes ces illusions et ce sont les bons anges qui vont venir le nourrir et c’est diable qui va s’enfuir, ne pouvant supporter, physiquement, des paroles qui sortent de la bouche de Dieu. Les tentations qui assaillent les hommes utilisent leur nature, spirituellement blessée, faible face aux mensonges du Mauvais qui nous propose des faux biens sous « un aspect agréable et désirable », comme les fruits de l’arbre du jardin d’Eden dont nous parlait la première lecture.
Saint Thomas d’Aquin dit que le péché nous attire toujours sous l’aspect de quelque chose qui serait bon pour nous, donc comme un bien, porteur de bonheur ; c’est ainsi qu’il nous trompe, nous déçoit tout en nous éloignant de notre vrai bonheur. Les tentations viennent aussi au moment de nos épreuves et de nos fatigues : elles mettent alors à jour les limites de notre fidélité, de notre patience et de notre foi : face à elles notre arme spirituelle sera la prière et les multiples grâces de Dieu : C’est par la prière et par le jeûne que l’on peut chasser les démons.
« Crée en moi un cœur pur, Ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi ton esprit, Rends- moi la joie d’être sauvé »
La prière nous fait échapper à l’influence du démon, c’est pourquoi Jésus nous a appris la prière du « Notre Père » qui est donc une prière toute puissante car c’est la prière même de Jésus. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous dit qu’elle est « le résumé de tout l’Évangile » et sainte Thérèse d’Avila, dans son enseignement ne cesse de montrer qu’elle doit imprégner chacun de nos instants.
Le livre biblique de Job présente l’exemple d’un homme qui eut à subir de la part du démon de terribles épreuves et de fortes tentations : mais ce juste vécut toutes ces épreuves avec une grande force intérieure qu’il puisait dans sa confiance en la Providence Dieu : il acceptait tout de Dieu, le bonheur et le malheur. Permises par Dieu, ces épreuves confirmèrent vraiment Job comme « un homme intègre et droit », lui qui fut tout d’abord un homme très riche, à la tête d’une grande famille, et qui fut progressivement dépouillé de tous ses biens corporels, matériels, familiaux, et dont la tentation fut grande de maudire le jour de sa naissance et de souhaiter la mort plutôt que de continuer à vivre. Les sacrifices, ou holocaustes, que Job avait offerts au Seigneur pour intercéder pour les péchés de ses enfants, furent pour lui suivis de souffrances innombrables : pauvreté absolue, « Pauvre comme Job ! », ses ulcères étaient léchés par des chiens, il est sur un fumier, fatigué par les discours blasphématoires de ses proches. Job vécut alors une vraie kenose, un vrai dépouillement, qui nous fait un songer aux épreuves de Jésus en sa Passion. Finalement Job retrouva, au centuple, tous ses biens et il eut à nouveau une grande famille et un immense bonheur terrestre ; tout cela étant peut être aussi une image prophétique de la Résurrection.
Frères et Sœurs, dans un proche avenir nous serons invités à approfondir encore, et à formuler un peu différemment, la sixième demande de la prière du Notre Père. Cette prière est en effet tellement riche spirituellement, parfaite, divine, que nous avons du mal à en sonder toute la profondeur, à la bien comprendre et à la traduire dans nos diverses langues. Le Catéchisme de l’Église Catholique nous explique qu’en disant « Et ne nous soumets pas à la tentation », nous demandons à Dieu de ne pas nous laisser prendre le chemin qui conduit au péché. Nous sommes toujours engagés dans le combat « entre chair et esprit » et nous devons demander l’esprit de discernement qui démasque le mensonge de la tentation, dont l’objet semble être « bon, séduisant à voir, désirable » alors qu’en réalité, son fruit est la mort. Bientôt nous dirons : « Et ne nous laisse pas entrer en tentation »
Recueillons maintenant de la bouche même de Jésus les Paroles qui ont jaillies de son cœur au moment le plus vif de la Tentation et qui mirent en fuite Satan. Ces paroles doivent désormais être pour nous des armes spirituelles invincibles et des boucliers efficaces dans nos combats contre les forces du mal.
« Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».
« Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu ».
« Arrière, Satan ! C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c’est lui seul que tu adoreras ».
Lorsqu’à l’église est donné le sacrement du baptême, le catéchumène « rejette Satan, l’auteur du péché » et il rejette « ce qui conduit au mal ». A la messe nous recevons notre Pain quotidien en écoutant la Parole de Dieu et en mangeant le Pain du Ciel. Nous qui avons été baptisés dans le Christ nous avons revêtu le Christ et, avec la force de l’Esprit Saint, nous pouvons participer à la Victoire du Christ : que le symbolisme des 40 jours soit pour nous un temps béni qui nous prépare à vivre et à nous associer pleinement, le jour de Pâques, à la Victoire du Christ. Amen


Frère Jean-Marie MERIGOUX, o.p.
Article publié le 10 mars 2014