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5e Dimanche de Carême

Homélie du Frère Jean-Marie Mérigoux, o.p.

Frères et Sœurs dans le Christ
« Nous voudrions voir Jésus » : telle est la demande que des Grecs firent à l’apôtre Philippe alors que se célébrait la fête de la Pâque. Surpris de cette question, Philippe alla en informer André son compatriote, et c’est tous les deux qu’ils allèrent la transmettre à Jésus.
Ces Grecs cherchaient à repérer dans foule où pouvait être ce Jésus dont ils avaient entendu parler et dans lequel ils espéraient trouver un maitre de sagesse, car, en vrais Grecs, ils recherchaient sans cesse la sagesse, et aussi ces « amis de la sagesse » qu’ils appelaient les philo-sophes. Une telle question n’était donc pas étonnante de leur part, car pour la pensée grecque, la « vue », la « vision », était l’expression même de la connaissance, « la vue est de tous nos sens celui qui nous fait acquérir le plus de connaissances » disait Aristote : en effet l’intelligence humaine a besoin de la vision, de bien voir toutes choses, il faut « voir pour connaitre » ; c’est pourquoi ces Grecs de Jérusalem cherchaient à « voir Jésus » : « Nous voudrions voir Jésus ».
Dans l’évangile, saint Jean nous laisse entendre que ces Grecs, sans vraiment faire partie du peuple juif, appréciaient la foi juive qui, elle, vénérait un Dieu unique, et de ce fait ils devaient la trouver plus rationnelle et plus raisonnable que leur propre religion grecque avec sa multitude de dieux. Voilà pourquoi Jean dit que ces Grecs « étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque », et, qu’en outre, ils cherchaient à voir Jésus.
Philippe et André, allèrent transmette à Jésus le désir de ces étrangers et ils s‘attendaient peut être à ce qu’il leur demande d’aller dire à ces Grecs ce qu’un jour, ils avaient entendu de la part de Jésus : « Venez et voyez ». Jésus fit alors une double déclaration : la première fut réservée aux deux apôtres : « L’heure est venue pour le Fils de l’homme doit être glorifié… », et la seconde fut adressée à toute la foule après que celle-ci eut entendu le message venu du Ciel : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore ». Cette voix parlait de Jésus et de sa pâque toute proche.
Dans la première déclaration, Jésus partagea à ses disciples les pensées qui agitaient son âme : Jésus était bouleversé à l’approche de sa passion et il leur dévoila son conflit intérieur, son dilemme en l’exprimant sous la forme d’une histoire : l’hyperbole du grain de blé qui s’inquiète et s’interroge au moment des semailles, lorsque le semeur va le jeter en terre : le grain de blé semble dire : « On va me mettre en terre ; alors je vais perdre mon identité de grain de blé, et lorsque je serai mis en terre je serai détruit, ce sera ma mort, mais ensuite je resurgirai en donnant un épi rempli de grains de blé pour ensuite devenir du pain : « si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit ». Par ce récit du grain de blé, Jésus révèle à ces deux disciples l’épreuve que subit son âme, il leur avoue son trouble à l’approche de sa passion, mais il sait, et avec joie que cette mort procurera aux hommes la vie éternelle donc qu’elle réalisera son désir de sauver le monde, ce qui était le but de la mission que son Père lui avait confiée : « Maintenant mon âme est bouleversé. Que vais-je dire ? « Père, sauve-moi de cette heure » ? - Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! ». Ce dialogue que l’on serait tenté de qualifier de cornélien, Blaise Pascal l’a évoqué dans un admirable texte, le Mystère de Jésus : « Jésus souffre dans sa passion les tourments que lui font les hommes ; mais dans l’agonie il souffre les tourments qu’il se donne à lui-même… C’est un supplice d’une main non humaine, mais toute puissante, et il faut être tout-puissant pour le soutenir ».
Le texte de l’épitre aux Hébreux que nous avons entendu révèle l’intensité de la souffrance de Jésus, de son agonie : « Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel ».
Par l’allégorie du grain de blé, qui tombé en terre porte beaucoup de fruits, Jésus invite ses disciples à le suivre, et à être plongés, baptisés, dans ce même mystère, à se détacher de tout ce qui dans le monde peut les asservir et les détourner de Dieu : « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera ». Quant à la demande faite par les Grecs, nous la reconnaissons nous-mêmes : n’est-elle pas inscrite aussi au fond de notre cœur et de notre intelligence. Jésus que nous aimons sans le voir, lui que nous désirons mieux connaitre, et que nous nous efforçons de suivre chaque jour, nous désirons le voir et nous disons nous aussi : « Nous voudrions voir Jésus ».
Jésus, dans un dialogue intime avec son Père, lui avait demandé : « Père glorifie ton Fils ! ». Le Père, du ciel, va lui répondre par des paroles audibles par toute la foule, des paroles semblables à un coup de tonnerre : « Je t’ai glorifié et je te glorifierai encore ». C’est alors que Jésus adressa sa deuxième déclaration cette fois-ci à tout le monde et ce fut alors l’explication des paroles venues du Ciel. Ces paroles, « Je t’ai glorifié et je te glorifierai encore » étaient bien un message destiné à toute la foule : « Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous ».
L’annonce, par la voix céleste, de sa glorification indiquait de quelle manière Jésus allait mourir : « Il sera élevé de terre » et cette élévation ouvrira aux hommes le chemin du salut et annoncera en même que le Prince de ce monde est vaincu : Jésus sur la Croix, c’est la chute de l’ennemi du genre humain, c’est la fin du règne du démon qui tyrannisait le monde en cherchant à faire le malheur de l’humanité, en la séparant de Dieu : il sera condamné pour avoir voulu usurper la domination sur le monde : il sera « jeté dehors ».
A Nicodème Jésus avait mystérieusement parlé de son « élévation » : la Croix sur laquelle il sera élevé sera l’instrument du salut pour tous ceux qui croiront en lui, car par elle le Christ sera le vainqueur du mal et de la mort, et lors de sa résurrection il sera encore plus « élevé », cette fois-ci « au plus haut des cieux », dans la gloire, à la droite du Père. Jésus annonce à la foule, y compris aux Grecs que, c’est vers Jésus élevé sur la Croix qu’il faudra regarder, comme jadis les Hébreux regardaient le serpent d’airain pour être sauvés de la piqûre des serpents. Jésus en Croix, ce n’est pas une image à écarter, même si cette vision est atroce. A la vision de l’œil il faut ajouter cette vision des réalités divines que nous donne la foi. Dans la vision béatifique, lorsque nous verrons Dieu face à face, l’idéal grec de la « vision » trouvera un accomplissement parfait car en voyant Dieu dans la lumière de Gloire cette vision nous rendra semblables à Lui. Pour le moment nous voyons à la lumière de la foi les vérités que Dieu nous a révélées.
Jésus crucifié c’est le sommet de la révélation que Dieu a faite de lui-même, c’est aussi le sommet de la vision même de Dieu fait homme. Le signe de la Croix, c’est l’image la plus expressive de l’amour de Dieu pour nous, car Jésus a donné sa vie pour ses amis, jusqu’à mourir pour nous sur la croix.
Regarder le crucifié c’est voir l’image la plus vraie de Dieu en ce monde, et c’est aussi entrevoir l’au-delà de la mort sur la Croix la glorification de Jésus dans sa Résurrection et dans son Ascension. Dès lors il faut regarder le crucifié, pas simplement avec nos yeux de chair, mais aussi, avec les yeux de la foi, nous devons regarder le monde et l’humanité. Comment la Providence permet-elle tant de malheurs, tant de souffrances, tant de triomphes des forces du mal ? Alors portons sur nos frères humains, crucifiés de tant de manières à travers le monde, le même regard que nous portons sur Jésus en Croix, car il s’agit d’un même mystère que nous devons regarder avec nos yeux de chair et avec l’espérance de la glorification des uns et des autres avec le Christ. Sachons lire sur le visage de nos frères leur vraie identité inscrite sur un écriteau : « Nous sommes tous chrétiens ». Voilà notre unique et véritable identité, la seule qui puisse nous associer à la gloire du Christ : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore ».
Tournons notre regard vers Jésus en Croix, et redisons sans cesse : « Nous voudrions voir Jésus ». Jésus sur la croix c’est le sommet de la révélation de Dieu, la manifestation suprême de son amour et c’est aussi l’annonce de sa glorification. C’est pourquoi si nous voulons voir Jésus, si nous voulons découvrir nos péchés, devenir humbles et miséricordieux, si nous voulons aimer Dieu et aimer nos frères en humanité, si nous voulons savoir qui est vraiment Dieu voyons le au sommet de son amour pour nous : Regardons le Christ en Croix !
Amen


Frère Pierre VEILLER, o.p.
Article publié le 24 mars 2015