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"Ceux qui sèment dans les larmes moissonnent en chantant"

Dn 12, 1-13 ; He 10, 11-14.18 ; Mc 13, 24-32 (33e dimanche ordinaire)

saint Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ selon Saint Marc (XIII 24-32).

En ce temps-là, Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Mais ces jours-là, après cette affliction, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera pas sa clarté, et les astres se mettront à tomber du ciel et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées.Et alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec beaucoup de puissance et de gloire. Et alors il enverra ses anges et il rassemblera ses élus des quatre vents, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel. Du figuier, apprenez cette comparaison. Dès que sa branche devient tendre et que poussent ses feuilles, vous comprenez que l’été est proche. Ainsi de vous : lorsque vous verrez cela arriver, comprenez qu’il est aux portes. En vérité, je vous dis que cette génération ne passera pas avant que tout cela ne soit arrivé. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Quant à ce Jour et à cette Heure-là, personne ne les sait, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais seulement le Père ».

Sœurs et frères, peut-être avez-vous eu comme moi les oreilles rabattues de propos pseudo-scientifiques à tendance new-age au sujet du calendrier maya qui aurait prévu que le cours du temps s’arrêterait en décembre 2012. Les prophètes de malheurs ont sauté sur l’aubaine, il y en aurait même qui en seraient devenus millionnaires, quand d’autres se sont peut-être contentés, comme par le passé, de fonder de nouvelles religions, de nouvelles sectes, puisqu’après tout il faut exploiter les peurs des gens et pas seulement les accompagner, les aider à les gérer !

L’angoisse de la fin des temps a toujours hanté l’histoire des hommes. Les historiens nous ont remis en mémoire les peurs de l’an mil et nous avons aussi été témoin de la publicité anxiogène faite sinon autour du début du troisième millénaire en tant que tel, du moins autour d’un bug sans précédent qui était supposé affecter les ordinateurs du monde entier qui ne traverseraient alors pas l’an 2000. Depuis, le monde ne continue pas moins de tourner et les hommes ne continuent pas moins non plus d’avoir peur et de jouer à se faire peur : peur de n’en avoir pas assez pour demain, peur de perdre son emploi, son conjoint, peur de tomber malade, de ne pas réussir, peur de la guerre, de la fin des temps…

Sœurs et frères, nous sommes presqu’à la fin de l’année liturgique. Et la question de la fin est également reprise et posée dans la liturgie d’aujourd’hui. Elle est suggérée, mentionnée aussi bien dans la première lecture que dans l’évangile que nous venons de proclamer. La liturgie semble vouloir nous sensibiliser à la question de la fin au travers de ces deux textes ; elle veut nous inviter à écouter Jésus, lui l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin, nous entretenir sur la question, nous dire ce qu’il en est vraiment. Et que nous dit Jésus à ce sujet ?

Nous sommes treizième chapitre de l’évangile selon saint Marc. Jésus s’apprêtait à quitter le temple lorsque, à la faveur d’une remarque de l’un de ses disciples faisant l’éloge de la beauté des pierres, il annonce que tout cela doit être détruit. De ce que vous contemplez, de ce que vous admirez, de ce temple qui fait votre fierté, il ne restera rien, ou presque. Pris de court, étonnés peut-être par la prédiction, les disciples voulurent en savoir davantage. À quand ces choses ? À quels signes pourra-t-on reconnaître qu’elles sont proches, demandèrent Pierre, André, Jacques et Jean ?

En faisant une telle déclaration, peut-être Jésus parlait-il de la destruction prochaine du temple de Jérusalem, puisque, comme nous le savons, les Romains sont effectivement venus et le détruisirent ; mais peut-être parlait-il aussi et surtout de son propre corps, dans la mesure où lui-même fut bientôt tué : détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai… il parlait du temple de son corps, commente Jean l’évangéliste.

Toujours est-il que Jésus profite de la curiosité des apôtres sur la destruction prochaine du temple, pour parler, semble-t-il, d’une troisième destruction, d’une troisième fin : celle du monde.

Temple de bitume et de pierres ou temple d’os et de chair, la prophétie de la destruction du temple annoncerait alors la fin d’un temps certes, mais aussi la fin du temps.

Cette prophétie annoncerait la fin d’un temps, la fin d’un monde, parce que la destruction du temple de pierres de Jérusalem comme celle du corps de Jésus lui-même (broyé par la souffrance, mutilé par la hargne et la haine des hommes) donnèrent lieu au commencement d’un autre temps, le commencement d’un nouveau mode d’existence, d’une nouvelle façon d’être. Je me réfère évidemment au culte spirituel dans le judaïsme subséquent à la destruction du temple de pierres de Jérusalem d’une part, et d’autre part au culte spirituel inauguré dans l’avènement du corps mystique du Christ, sur fond de son retour au Père, mais un Christ qui, en même temps, continue mystérieusement d’être présent dans son Église.

La question de la fin du monde demeure alors encore parce que l’histoire continue. S’il est question de la fin d’un monde, il n’est pas encore question de celle du monde en tant que tel. Alors quand est-ce que tout cela va-t-il se produire ? Quand est-ce que définitivement pourrons-nous enfin nous reposer en Dieu ? Comment cela va-t-il se faire ?

La question est déjà posée par Daniel aux prises avec les difficultés de son temps. Israël est saccagé, sa population est tantôt déportée et le reste du peuple est sous la domination de dynasties étrangères qui ne respectent pas son identité ; elles bafouent le culte de Dieu, profanent le temple et font souffrir le peuple. Et Daniel prophétise la fin de tout cela, il entrevoit une éclaircie, une délivrance pour le peuple meurtri de Dieu. Il s’agirait là encore de la fin d’un monde, celle d’un certain type d’oppression, celle d’un certain type de domination, mais il ne s’agit pas encore de la fin du monde tout court. La question de la fin du monde est, une fois de plus, remise à plus tard, cette fin cosmique est une fois de plus différée. Mais elle continue d’être présente, d’habiter toutes les questions qui renvoient à la fin d’un monde.

La question de Daniel fait alors écho à la question de tous les hommes. Daniel symbolise l’humain, tout homme en attente du jugement de Dieu, tout homme en mal de libération, en mal de connaitre. L’homme a soif de justice, il a besoin de connaître. Ce besoin est à la base de notre cheminement. Il nous fait sortir de nous-mêmes pour aller à la rencontre des choses, des autres, pour aller à la rencontre de Dieu, quand nous ne nous arrangeons pas pour faire venir tout cela en nous et trouver une réponse à partir de nous et donc sans sortir de nous-mêmes, sans écouter Dieu nous parler.

Savoir vraiment s’il peut y avoir une réponse à la question de la fin du monde nécessite qu’on écoute Dieu nous parler, cela implique au moins de se demander comment cette aventure avait-elle commencé ? Comment le monde était-il advenu ?

La bible nous présente une histoire du monde qui prend sa source dans l’amour et qui doit s’achever aussi dans l’amour. Entre temps, il y a les péripéties inhérentes à tout cheminement, à tout dynamisme.

Au commencement était l’amour. L’amour, c’est-a-dire Dieu, qui veut se communiquer, qui veut se montrer généreux. Et Dieu créa et le ciel et la terre avec leur contenu. Et Dieu vit que cela était bon. Il vit que cela était excellent. Puis il y eut l’épisode de la chute, mais aussi celle de la grâce subséquente à la chute, épisode qui va accompagner tout le développement de l’histoire de Dieu avec les hommes.

L’humain, roi de la création, jardinier de Dieu, se servit du pouvoir reçu de son Créateur, s’est servi de son intelligence et de sa liberté pour perturber l’ordre des choses, s’éloigner de Dieu et du prochain. Mais Dieu ne l’a jamais abandonné. De Noé à Moise, Dieu multiplia ses alliances avec les fils des hommes, leur envoya les prophètes pour leur rappeler son amour et finalement leur envoya son Fils unique.

Jésus s’est fait l’un de nous. Il planta sa tente parmi nous pour nous révéler la plénitude de l’amour du Père, pour nous signifier sa miséricorde. Mort, ressuscité, et monté au ciel, il doit revenir dans la gloire pour l’établissement définitif du règne de Dieu, règne d’amour et de paix. Mais quand est-ce que tout cela va-t-il se faire ?

Eh bien, tout cela arrivera, nous rappelle le livre de Daniel, quand le peuple de Dieu aura été cerné de toute part ; quand il ne lui restera plus aucun ressort, quand toutes ses ressources auront été épuisées. Cela arrivera quand les adversaires du peuple de Dieu auront été maitrisés, quand ils auront été rendus innocents, c’est-à-dire incapables de nuire. Et l’Éternel viendra sur les nuées, et le Fils de l’Homme descendra ou plutôt redescendra pour prendre avec lui les siens. La fin du monde aura donc bien lieu, mais personne ne connaît ni le jour ni l’heure.

Toi Daniel, c’est-à-dire tout homme vivant dans la crainte de Dieu, en attendant, ne cherche pas à scruter des mystères qui te dépassent. Au contraire, persévère, sème le bien sur ton passage, vis ta vie de fidélité dans le Seigneur, va ton chemin jusqu’au bout.

Sœurs et frères, le livre de Daniel a fait des disciples jusqu’au livre de l’Apocalypse du Nouveau Testament truffé d’ailleurs de références aux récits apocalyptiques de l’Ancien Testament. Et le récit évangélique qu’il nous est donné de méditer aujourd’hui, lequel reprend aussi largement ce qui nous a été dit dans Daniel, figure presque tel quel dans les autres évangiles synoptiques. À quelques mots près, Matthieu, Luc et Marc disent la même chose, parlent un même langage à ce sujet. L’inquiétude de Daniel a été donc reprise dans le Nouveau Testament.

Chez Matthieu, chez Luc comme chez Marc, il est question, pour les temps qui sont les derniers, de bouleversements, de bruits de guerres, de troubles, de famines, de signes dans le soleil, de la lune qui ne brillera plus de son éclat habituel, des puissances célestes qui seront ébranlées. Rien ne sera plus comme avant. Ce sera un temps de grande détresse, mais en même temps de grande joie. Car, cela présagera le second retour du Fils de l’Homme.

Il est venu une première fois habiter parmi nous, pour nous réconcilier avec Dieu et ainsi nous sauver du grand châtiment. Il reviendra une deuxième fois pour sauver ceux qui auront accepté d’être sauvés. Le temps de l’attente sera terminé. Ce sera désormais celui du jugement. Alors ceux qui jusque là avaient des larmes aux yeux pourront exulter de joie et ceux qui se réjouissaient pourront entonner des chants de deuil.

Ce sera le temps de l’accomplissement des béatitudes, le temps du grand retournement. Ce sera le temps où les valeurs du monde seront toutes défraichies, blasées, démodées. Ne prévaudront que les valeurs évangéliques et Dieu pourra être alors vraiment tout en tous. Amen.


Fr. Jorel FRANCOIS, o.p.
Article publié le 19 novembre 2012