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L’histoire de notre église conventuelle

Cet article sur notre église conventuelle vous permettront d’en faire la visite . Quelques photos vous montreront la nécessite d’une restauration.
Cet article est extrait d’une conférence donnée par le Père Augustin LAFFAY, o.p., archiviste de la Province Dominicaine de Toulouse.

« Longtemps les sphères du Nord absorbèrent l’attention du P. Lacordaire. Mais quand sur la fin de sa carrière, portant ses regards vers le Midi, il eut repeuplé d’un seul coup le vieux cloître de Saint-Maximin, Marseille voulut avoir aussi son tour. C’était Lazare qui appelait les serviteurs de Marie-Madeleine et ils parurent … » Le 30 août 1862, le P. Saudreau, provincial de France signa un bail pour la location d’une maison de quatre étages sur rez-de-chaussée, au n° 90 de la rue Sylvabelle . Les Pères y demeurèrent jusqu’à leur déménagement pour la rue Montaux, en 1864. « Il y avait là une grande maison solitaire : elle devint le couvent. Auprès d’elle un long bâtiment sans architecture, éclairé à l’intérieur par une série de fenêtres vulgaires, ancien magasin d’entrepôt de la pharmacie militaire : ce devait être la chapelle. Avec cela un grand jardin ombragé de beaux arbres, arrosé par une source intermittente, espèce de fontaine mystique. Le P. Mas arriva dans cette maison le 7 décembre 1864, veille du jour où Mgr Cruice devait bénir la modeste église . » L’accueil des Marseillais inquiétait les religieux : « C’est une ville où le commerce est tout, écrit le P. Cormier à Mgr Dupanloup. Mais il me semble qu’une certaine lueur se produit dans les esprits où le sens commun n’est pas trop dépravé . » De fait, sous la direction du P. Mas, la communauté s’engagea dans de nombreux apostolats. Le couvent « n’est pas en peine pour alimenter dix religieux de chœur et même souvent davantage », relève le provincial en 1867 . La chapelle de fortune aménagée ne pouvait suffire aux besoins. Pour confirmer l’implantation durable des frères, on résolut de construire – avec la seule autorisation verbale de Mgr Cruice - une chapelle et un couvent .

La province dominicaine de Toulouse avait été rétablie le 4 juillet 1865. En octobre 1865, le P. Hyacinthe-Marie Cormier (1832-1916) en fut institué provincial . Il n’avait que trente-trois ans lors de son entrée en charge. Le provincial fixa sa résidence ordinaire à Marseille plutôt qu’à Toulouse ou à Saint-Maximin et intervint à toutes les étapes du débat pour la construction de l’église de Marseille, sans cependant dessaisir la communauté de ses responsabilités. La fondation d’un couvent à Marseille avait été une pomme de discorde entre la province de France, d’esprit lacordairien, et le couvent lyonnais réformé par le P. Danzas . Édifier une chapelle et un couvent neufs, permettait affirmer l’identité propre de la province de Toulouse. Le P. Cormier était sensible à ce point de vue. Il était par ailleurs ami de « l’Art cultivé par amour et sous l’influence de l’Idéal divin . » Il voulut qu’on réalisât pour Marseille : « un idéal sans hasards, tel que des religieux amis de la prudence et du beau peuvent l’ambitionner. » Mais, ajoutait-il : « Pour avoir un degré de plus de perfection, j’accepterais bien des ennuis et des sacrifices et au lieu de dire ‘Je prendrai le plus parfait s’il est plus facile à exécuter’, je dirais ‘Ceci est le plus parfait donc je le choisis. Les difficultés sont grandes, donc j’y mettrai plus de zèle, d’acharnement’. Car il faut coûte que coûte arriver au plus parfait. […] si je vois s’évanouir dans mon esprit ce qui m’apparaît comme le plus proche de l’idéal et que je caresse comme des préférences dont je ne me rends pas assez maître, je penserai que ma sagesse est courte et que Dieu, ce vrai sage, en sait plus long que nous . » Un autre de ses soucis consistait à inscrire la construction de l’église dans la tradition dominicaine, sans copier servilement le passé. « Le désir de donner à Dieu un temple convenable et de faire honneur aux belles traditions de notre Ordre est mon unique mobile […] », écrivait-il à un architecte. Le P. Cormier aurait voulu faire travailler les meilleurs artistes de son temps. Il invita Franz Liszt à la Sainte-Baume et envisagea de passer commande à Cabuchet, « parce que c’est un artiste de mérite ». Comment et pourquoi choisit-on, sous sa conduite, l’architecte Pierre Bossan pour réaliser l’église du Rosaire ?

Les débats pour le choix d’un architecte.

En 1865, le patrimoine de la nouvelle province de Toulouse était surtout constitué de dettes. Pour construire une église à Marseille, il fallait donc mendier. On avait naguère lancé une souscription populaire. En témoignent des images offertes en échange d’une « souscription d’un franc pour la fondation d’un couvent de frères prêcheurs et d’une chapelle sous le vocable de Notre-Dame du Saint Rosaire à Marseille » . Le 1er juin 1866, en la fête du Sacré-Cœur, une riche veuve, femme d’entreprises, Anne-Rosine Noilly-Prat, fidèle de la chapelle de la rue Montaux, conçut la résolution de subvenir aux frais du nouvel édifice . Le 9 juin 1866, le P. Cormier confiait au P. Jandel ses soucis et ses espoirs à propos du couvent marseillais : « L’amortissement de notre dette [provinciale] est une grosse affaire, humainement parlant c’est une imprudence que de se jeter dans d’autres entreprises. Cependant des personnes nous poussent à entreprendre la construction de l’église. On la ferait sur le terrain qui est loué de sorte que, jusqu’à achèvement, l’église actuelle pourrait servir. Une personne seule vient de m’offrir dans ce but 50000 F ; mon inclination serait de ne pas laisser passer cette bonne volonté. Ce sont des aumônes qu’on ne fera jamais pour le couvent. Si nous avions une centaine de mille F de sûrs, ne pourrait-on pas commencer ? […] . » Le coût d’une église déplaçait de loin cette somme. En septembre 1867, le P. Cormier écrivait que l’église néogothique de Plombières avait coûté 400000 F, déboursés par l’empereur . Le 22 juillet 1866, fête de sainte Marie-Madeleine, Madame Prat versa la première offrande de 50000 F. Ses largesses ne prirent fin qu’en 1900, une fois payées les stalles du chœur . Le montant total de ses dons s’élevait alors à 324172 F, non comprises les dépenses d’entretien . Accablé par de graves problèmes financiers, le P. Cormier fut à même de faire face aux problèmes posés par la construction de l’église de Marseille avec sérénité. Une seule fois, la bienfaitrice sembla renâcler devant l’effort : elle avait déjà donné cette année-là le double des années précédentes .
On discuta la proposition faite par le provincial de se lancer dans la construction de l’église au conseil conventuel du 12 juin 1866. On pensait alors demander un plan à l’abbé Pougnet et charger un jeune ami des religieux, Grinda, de la mise en œuvre . On ne sait pas grand chose de Gonzague Grinda (1846-1905) sinon que le talent de cet architecte marseillais de vingt ans avait frappé la P. Cormier qui lui confia les travaux de restauration de la grotte de la Sainte-Baume . Grinda était maladroit et malheureux en affaires. « Si on lui a reproché quelque défaut, écrivait le P. Cormier, c’est d’être trop simple et d’avoir un peu de l’indolence de l’artiste . » Les projets de construction semblaient en bonne voie de se réaliser dès l’année 1866 mais, au grand regret du P. Cormier, le P. Jandel demanda aux religieux de suspendre leur décision .
L’été passé, on se remit à la tâche. L’abbé Pougnet présenta un premier projet d’église gothique avec l’abside au nord et le porche au sud . Le P. Cormier émit des réserves ; une discussion communautaire s’ensuivit : les pères de Marseille se rangèrent son avis « de faire la chapelle presque sans rien démolir, ni acheter, ni emprunter ». Pougnet, afin de construire une église pouvant abriter 1500 personnes, proposait de bâtir le chœur des religieux de côté : « il prétend que ce n’est pas une chose nouvelle dans notre Ordre, que la sonorité des chants n’y perdra rien. De plus nous aurions l’avantage de voir les cérémonies sans avoir un autel élevé et mal commode comme à Lyon. » Cette nouvelle solution répugnait au P. Cormier, prêt – toutefois – à se soumettre aux contraintes du terrain … Parallèlement à ces négociations, le P. Cormier informa de son projet Mgr Place, le nouvel évêque de Marseille, et le pria – le moment venu – de venir poser la première pierre . « Il m’a répondu qu’il était prêt à faire tout ce qui dépendait de lui pour nous être agréable . » Le provincial était soucieux d’entretenir de bons rapports avec le prélat comme avec son clergé. En octobre 1866, il s’était inquiété de la coïncidence entre l’arrivée d’un nouveau curé à Saint-Joseph et la date prévue pour la bénédiction de la première pierre : « Il est regrettable en un sens que le projet de notre église se trouve coïncider avec sa prise de possession car comme il va faire tout son possible pour relever la paroisse, il semble que la pose de notre première pierre d’église est un contre autel qui commence à s’élever . »
Gonzague Grinda avait esquissé un projet personnel. Au conseil provincial de février 1867, ses plans furent préférés à ceux de l’abbé Pougnet par quatre conseillers provinciaux sur cinq . Que proposait-il ? Peu d’éléments permettent d’en juger mais on devine un plan plus « audacieux » que celui de l’abbé Pougnet. A cette époque, peut-être, Grinda visita l’ancienne église de Carpentras « qu’on voulait prendre comme type de la nôtre à Marseille ». Le P. Cormier souhaitait une discussion ouverte. Les Marseillais se seraient contentés de Pougnet ; il voulut donner sa chance à Grinda. Pour trancher l’affaire, le conseil renvoya les deux plans devant une commission d’architectes de Toulouse et de Lyon . A Toulouse, l’architecte de l’église Saint-Aubin, Delort, fut invité à donner son avis « sur la supériorité relative des deux compositions comme style simple, noble et distingué, capable de porter le peuple à la piété et en même temps de plaire aux hommes de goût ». Peut-être consulta-t-on aussi le P. Danzas, à Lyon. L’examen se poursuivit avec le P. Hoffmann, à Paris.
A Marseille, les esprits revinrent de leur prévention envers Grinda. Le P. Cormier avait invité son protégé à réformer son plan : « Tout en conservant le même style et la même simplicité de construction, il y aurait une abside pour le chœur et les travées seraient égales . » A la mi-mai, le P. Cormier put écrire au P. Mas, qui séjournait à Lyon : « Nous vous attendons pour Grinda . » Le P. Jandel devait passer à Marseille à la fin du mois de juillet 1867, le P. Cormier voulait en profiter pour inviter l’évêque de Marseille à poser la première pierre. On envisageait seulement de flanquer Grinda « d’une commission d’architectes plus anciens qui recevra les plans puis les travaux par portions, de façon à ce qu’il y ait un fréquent contrôle ». Grinda travaillait à la Sainte-Baume dans une certaine désorganisation. Pour le P. Cormier, ces difficultés ne devaient pas empêcher de lui faire confiance . Au mois de juillet 1867, l’architecte toulousain Delort rendit d’ailleurs un jugement qui lui était favorable. Il recommandait de le préférer à l’abbé Pougnet « quand même il [Pougnet] aurait fait déjà plusieurs grandes constructions ». Quelques semaines plus tard, le P. Dreveton dénonçait cependant au P. Jandel le parti qui penchait pour Grinda au détriment d’un « homme sérieux, qui a fait ses preuves, vraiment expérimenté dans cette partie qui est exclusivement la sienne, M. l’abbé Pougnet, qui construit en ce moment l’église de Saint-Vincent de Paul, que tout le monde admire à Marseille ».
Contre toute attente, le conseil conventuel du 5 août 1867 proposa le nom de Pierre Bossan en souhaitant qu’il s’adjoignît Grinda pour l’exécution . A l’époque du projet marseillais, Pierre Bossan (1814-1888) avait déjà travaillé pour les dominicains. En 1861, il avait bâti la chapelle d’Oullins pour les religieux du tiers ordre enseignant . A Saint-Maximin, les dominicaines d’Euphémie Segond lui avaient confié le dessin de leur couvent. « Dans un plan très étudié, écrit en 1869 le P. de Lasplanes au P. Jandel, M. Bossan, architecte, a si bien disposé les bâtiments du futur monastère, que le service des malades et les soins à donner aux dames pourront avoir lieu sans nuire en rien ni à la sévérité de la clôture ni à l’indépendance des religieuses […]. » Pierre Bossan n’était pas un architecte de tout repos : il avait eu des problèmes d’argent, ses chantiers lui avaient valu des procès. Pour échapper à ces soucis, et aussi pour rétablir une santé fragile, il quitta discrètement Valence – comme il avait un jour quitté Lyon - et s’installa à la Ciotat . Le 8 août 1867 rien n’était cependant acquis puisque le P. Cormier sollicitait le sculpteur Cabuchet pour une statue de Notre-Dame du Rosaire « en pierre blanche ou en marbre, grandeur environ 2 mètres ». « L’église sera style gothique du 13e siècle » annonçait un peu vite le P. Cormier au grand artiste . A cette date, un point était cependant certain, Grinda avait renoncé à réaliser son projet personnel . Il revenait maintenant au P. Cormier d’accepter ou de refuser la proposition de la communauté.
Le P. Jandel passa l’été de 1867 à Plombières. Le provincial de Toulouse alla lui tenir compagnie. S’appuyant sur l’autorité du Maître de l’Ordre, il voulut que l’on mît en concurrence des projets de qualité. Bossan acceptait ; le P. Cormier écrivit au P. Danzas pour que Bresson, auteur de l’église des dominicains lyonnais (1861-1870), soumît un plan . Dans une grande lettre écrite au P. Mas le 26 août 1867, le P. Cormier résume les observations qu’il a pu recueillir sur les différents architectes en course. « Bresson, écrit-il, ferait excellemment. Ce serait le gothique pur bien compris […]. » Le jugement porté sur l’abbé Pougnet tranche par sa sévérité : « On a défini M. l’abbé Pougnet un bon médiocre. […] A la manière dont il s’est formé à peu près de lui-même, il mériterait plus que cela, mais nous considérons la chose sous le point de vue des résultats. C’est là le caractère de l’église de Carpentras, de celle des Prémontrés qui est toute de lui et dont on sort sans être ni choqué ni frappé. L’abbé P., ajoute-t-on, n’a pas de vol. Il est ingénieux plus qu’élevé. Il sort des difficultés plutôt en les esquivant qu’en les réduisant en servitude, comme M. Bossan. Cette médiocrité m’a paru être aussi le cachet des plans qui nous ont été soumis. Le programme que nous lui avions donné exigeait la simplicité. Mais la simplicité n’exclut pas la noblesse et la distinction. Au reste, son plan de façade pour lequel nous ne l’avions nullement influencé est dans l’ensemble ce qui a été jugé le moins heureux, soit qu’on la considère en elle-même soit qu’on la regarde dans son harmonie avec l’intérieur. L’auteur y semble vouloir se lancer, y faire du sien et quelqu’un me disait que cela ressemblait plus à une amplification d’écolier qu’à une création d’artiste. » Le P. Cormier ajoute, peut-être pour atténuer la charge : « En revanche, l’abbé P. est, me dit-on, très maniable. Il modifie les plans comme on veut. Cela tient non seulement à son bon caractère mais au caractère de son style qui a peu d’originalité et se plie facilement dans un sens ou dans l’autre. » « Quant à M. Bossan, poursuit le P. Cormier, je suis parti de Lyon avec le regret de n’avoir vu aucune de ses compositions. […] J’ai donc interrogé et consulté. Tout le monde est d’accord pour reconnaître à M. Bossan un talent hors ligne. Seulement, certains trouvent qu’il le met au service d’une idée malheureuse, l’éclectisme, et que si une fois on admet cette liberté de confondre tous les styles, ce sera la révolution. Un homme de goût usera bien de cette liberté ; mille en profiteront pour faire du gâchis[…]. Quoiqu’il en soit, M. Bossan est évidemment un homme de ressources. Soit par sa facilité de compréhension, soit par la variété des éléments dont il se croit libre d’user, il est capable de sortir heureusement, trouvant la source d’une beauté là où d’autres rencontreraient une entrave. Son style n’est pas au fond si éloigné du gothique qu’on le suppose. Les voûtes et les nervures, c’est-à-dire les coupes principales, sont ordinairement gothiques. Seulement il y ajoute des éléments pris ailleurs et qui selon lui, au lieu d’en altérer l’effet, le complètent, l’empêchent de devenir vulgaire à force d’uniformité et d’imitation servile. Une teinte de style roman et de style byzantin se mêlant ainsi au style gothique en font un ensemble qui ressort, qui sent un peu l’orient, qui repose et réjouit le regard plutôt qu’il ne l’enlève et réalise enfin un idéal digne de paraître partout plus capable encore de plaire à Marseille, où les traditions du gothique ne prédominent pas, où le style de la cathédrale et de N.D. de la Garde donnent l’exemple d’une pareille indépendance de style sans arriver à un résultat aussi pieux. Enfin, Marseille est là, à deux pas de l’Italie, ouverte sur l’Orient. Ce que le style de M. Bossan a d’un peu sicilien et mauresque deviendra une couleur locale qui lui ajoutera du prix au lieu de le déprécier. Voilà ce qu’on dit. On ajoute que M. Bossan construit avec économie, sa construction exigeant peu de matériaux et se tenant sans contrefort. Il est vrai que l’ornementation, qui y joue un grand rôle, finit par élever le prix, mais elle est indépendante de la masse de l’édifice et on peut la terminer à loisir. M. B. ne paraît pas sur le chantier. Il aurait eu (assure-t-on) des malheurs, et il aurait encore des créanciers qui prenant acte de son apparition comme architecte feraient valoir leurs droits sur leurs honoraires . »
Dans une autre lettre, le P. Cormier complète ce jugement en écrivant : « Le gothique n’est nullement d’obligation. D’autre part, le style de M. Bossan n’est pas précisément fautif. Seulement il est hardi, le résultat est contesté. Vous jugerez si son acceptation présente des avantages ou non. Pour moi, j’aime bien le gothique, j’aime beaucoup le roman. Peut-être même à Marseille me plairait-il plus, mais c’est affaire de goût dans laquelle chacun est libre . » A la fin du mois d’août, Bresson paraissait prêt de l’emporter. On sut qu’il accepterait le chantier. Le P. Cormier, et peut-être plus encore le P. Jandel, s’en réjouissaient. On éviterait ainsi, pensait le P. Cormier les surprises (bonnes et mauvaises) que le choix de Bossan ne manquerait pas d’entraîner. Une autre raison jouait en faveur de l’architecte lyonnais : « ses travaux de Lyon ont été une étude préparatoire non seulement de notre style mais de nos mœurs religieuses […]. » Il ne manquait plus qu’un vote de la communauté de Marseille .
En septembre 1867, le conseil conventuel choisit à l’unanimité Pierre Bossan comme architecte principal, seul responsable, assisté par Grinda . La décision fut confirmée en novembre par le provincial. Le P. Cormier manifesta sa joie au P. Mas : « Je bénis Dieu avec vous de l’arrivée des plans. Je jouis de votre joie : elle ne sera pas sans mélange, je le prévois déjà, car j’entends le murmure lointain de la critique qui s’apprête. Mais n’importe, il ne faut pas nous repentir de ce que nous avons fait . » La décision une fois prise, restait à l’expliquer au rival malheureux de Bossan, l’abbé Pougnet. Le P. Cormier le fit dans une lettre pleine de tact . L’abbé Pougnet s’offusqua tout de même d’avoir été mis ainsi secrètement en concours. « Le désir du bien, l’abstention de parti pris ont été notre unique mobile dans le choix des moyens, répondit le P. Cormier. L’habileté a pu nous faire défaut, non pas la loyauté . » Pour adoucir son amertume, on augmenta la compensation financière versée pour l’élaboration des plans .

La mise en œuvre du plan de Bossan

Bossan ne paraissait pas sur ses chantiers. Grinda fut sollicité pour établir le devis de l’église . On choisit en avril 1868 l’entrepreneur Barbe et on fixa au 24 novembre la cérémonie pour la pose de la première pierre . En juin 1868, le P. Cormier séjournait à Rome pour le chapitre général. Il demanda au P. Jandel une approbation définitive du plan de l’église en glissant un discret éloge de Bossan : « Je n’ai pour ma part rien à objecter à ce plan comme distribution régulière et heureux emploi du terrain. Quant au genre d’architecture, je ne mettrai non plus aucune raison d’opposition. La personne mérite tout […]. » Pour donner du lustre à la cérémonie de la pose de la première pierre, le provincial espéra – en vain – une visite du cardinal Bonaparte et se fit prêter de grandes peintures représentant les scènes de la vie des BB. Martyrs dominicains du Japon « pour décorer notre église et nous aider à faire une fête pompeuse » . Mgr Place présida la cérémonie du 24 novembre 1868 .
Les travaux une fois lancés, le P. Cormier se soucia encore des détails. « M. Bossan, dit-on, fait parfois des oublis ou tient trop aux petites proportions. A Oullins, on trouve qu’il en est ainsi pour l’autel et la porte de la chapelle ; chez nos sœurs [de Saint-Maximin], la grille de communion n’est pas commode et les parloirs laissent à désirer . » En 1874, son mandat de provincial achevé, le P. Cormier céda la place au P. Mas. Il fut élu prieur de Marseille et travailla pour l’achèvement de l’église . Le 7 mars 1878, en la fête de saint Thomas d’Aquin, Mgr Place assisté de Mgr de Cabrières, tertiaire dominicain, procéda à la bénédiction de l’église et des cloches . Quelques semaines plus tard, le P. Mas terminait son provincialat. Il fut élu prieur du couvent de Marseille en remplacement du P. Cormier qui le remplaça comme provincial. On simplifia les plans présentés par Bossan pour le couvent . Les efforts portèrent alors sur l’aménagement de l’église. Le 29 janvier 1879, Mgr de Langalerie, archevêque d’Auch, inaugura le maître-autel . Le 28 avril 1879, le conseil envisagea de reprendre les travaux de sculpture sur les façades latérales de l’église . Les décrets d’expulsion de 1880 amenèrent des dégradations. De retour dans leurs murs, les dominicains réparèrent les dommages. Le 19 mai 1887, enfin, le conseil, sous la présidence du provincial, décida de faire construire le long du mur nord de l’église un cloître fermé, à l’abri des regards du public, et préservé du mistral . En décembre 1894, on inaugura la chaire définitive . En 1898, pendant le dernier priorat du P. Mas, le chœur des religieux de l’église de Marseille fut bâti sur des plans de Joannès Rey à l’emplacement d’une petite maison, acquise en 1885, située derrière l’abside de l’église . Madame Prat, entre autre personnes, s’inquiéta des transformations qu’on dut faire subir à l’édifice pour réaliser cet ajout . Le 1er octobre 1899, on inaugura le nouveau chœur, « couronnement de l’édifice » . Après la séparation de l’Église et de l’État, Louis et Jean Prat-Noilly rachetèrent l’église et le couvent. La guerre passée, le P. Bonhomme rouvrit la chapelle et en 1921, les religieux revinrent occuper leur couvent.


Frère Augustin LAFFAY, o.p.
Article publié le 18 février 2013