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Les offices de laudes et de vêpres sont précédés d’un temps d’oraison silencieuse avec la communauté.

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Le dimanche, et jours de Solennité de 18h15 à 18h50

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Possibilité de rencontrer un frère (confession, bénédiction ou demandes de messes)
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trait

Le premier couvent


L’histoire des Dominicains à Marseille s’articule en trois
périodes :

l°De la fondation en 1225 à la destruction du premier
couvent en 1524

2° De la reconstruction à la disparition du second
couvent en 1791

3° Du rétablissement en 1862 d’un troisième
couvent jusqu’à nos jours.

Mais cette histoire ne se borne pas à la présence des frères, elle inclut aussi l’ensemble de la famille dominicaine et de ses œuvres les plus caractéristiques.

- les sœurs moniales : si, au XIIe siècle, un groupe de sœurs est venu de Prouilhe à Marseille, il ne s’y est pas fixé, mais il a donné naissance au célèbre monastère Notre-Dame de Nazareth à Aix ; en revanche, au XVIIe siècle, un monastère de sœurs s’est constitué à Marseille, en 1636-1637, sous le titre de Sainte-Catherine de Sienne, qui aura, en 1742, une filiale à la Martinique (où les sœurs se maintiendront jusque vers 1820)

- une communauté de sœurs de la pénitence (autrement dit du tiers ordre) est mentionnée en 1453 ; un peu plus tard, à partir de 1473, on les appelle béguines de Sainte-Catherine de Sienne, dont on ne sait ce qu’elles sont devenues après 1520

- la confrérie du Rosaire existait déjà en 1515 ; elle se réorganisera en 1633 ; interrompue moins de dix ans durant la Révolution, elle retrouvera vie sitôt le culte rétabli par le concordat

- la « congrégation des sœurs du tiers ordre séculier de " Sainte Catherine de Sienne » a commencé en 1629 ; les nombreuses congrégations de sœurs dominicaines implantées aujourd’hui à Marseille (avec leurs 17 communautés en 1896) sont leurs héritières. C’est dire la richesse du passé et du présent de l’ordre de Saint- Dominique à Marseille, que l’on veut évoquer ici.

Le premier couvent

Dix ans après la fondation de l’Ordre par saint Dominique à Toulouse en 1215, les frères Prêcheurs arrivent en Provence rhodanienne. Destiné à combattre l’hérésie par la parole annoncée comme par le témoignage vécu, destiné plus encore à annoncer la
parole du salut à tous et partout, dans la chrétienté et au-delà, l’ordre ne s’est pas propagé lentement, en tache d’huile, à partir du Languedoc central. Avant de s’établir en Provence, l’ordre s’était déjà étendu à l’Occident chrétien et avait envoyé des frères en Angleterre, en Scandinavie, en Pologne, en Hongrie, au Proche-Orient. Les provinces périphériques de l’ordre portent son action missionnaire en direction des païens du nord et de l’est de l’Europe, en direction des musulmans du pourtour de la Méditerranée, en direction des chrétiens d’Orient séparés de Rome. Telle est la toile de fond sur laquelle se dessine la fondation d’un couvent à Marseille.

Dès 1220, dans les pays de langue d’Oc qui constituent le territoire de la province dominicaine de Provence, les frères Prêcheurs s’étaient établis à Montpellier, au Puy et à Narbonne, mais n’avaient pas encore visé la Provence. A partir de 1224, voici qu’ils dirigent tous leurs efforts vers l’est et qu’ils s’implantent en Basse-Provence : à Avignon en 1224, à Marseille en 1225, à Arles en 1231 ; un peu plus tard, ils s’établiront à Valence, puis à Nice. Par la suite, ils densifieront encore le réseau de leurs couvents en Provence.

Pourquoi à Marseille ? Parce que c’est une ville et un port, un de ces lieux où, en vertu d’une politique apostolique mûrement réfléchie, les frères Prêcheurs choisissent de s’implanter par priorité. Marseille offre une population nombreuse (environ 15.000 habitants : dans le Midi, au XIIIe siècle, c’était beaucoup).

Une activité économique d’échanges liée au port, même si celui-ci n’est à ce moment que l’un des nombreux ports de la façade méditerranéenne et ne prendra toute son expansion qu’après 1481, une fois la Provence unie à la couronne de
France, le port de Marseille devenant alors le débouché du royaume sur la Méditerranée). Une classe sociale nouvelle, celle de la bourgeoisie des marchands et des manieurs d’argent. Ainsi Marseille offre-t-elle à la fois les ressources économiques indispensables pour faire vivre un ordre mendiant et le milieu humain auquel s’adresse la parole des frères, qui leur fournit son appui en contrepartie. Marseille constitue un lieu de passage - non pas exclusif mais commode - où
l’on peut s’embarquer pour tous les pays du pourtour de la Méditerranée. Pour des frères appelés à beaucoup voyager - autant par les exigences de leur mission que par la tenue de leurs chapitres - Marseille offre un point d’appui appréciable.
Quand et où s’est effectuée la fondation ? Suivant la tradition du couvent, telle qu’elle se répétait encore au XVIIe siècle, les frères de Marseille auraient voulu rattacher l’origine de leur maison au fondateur de l’ordre. En 1215, lorsque l’évêque de Toulouse Foulques, cistercien d’origine marseillaise, se rendait au IVe Concile de Latran,
accompagné par saint Dominique, il serait passé par Marseille et aurait
recommandé à ses concitoyens les disciples du fondateur. Bien qu’elle
échappe à toute vérification, peut-être la légende recèle-t-elle une part de vérité.

En effet, lorsqu’en 1225 les frères Prêcheurs sont arrivés à
Marseille, ils se sont établis à la périphérie de la Ville, en bordure de la
route d’Italie, où on leur a donné une maison destinée à accueillir les
pèlerins, dite l’hôpital Saint-Michel des Ytiers (Jteriorum = des
passants). Celui-ci devait se situer, dans la topographie de la ville
d’aujourd’hui, non loin de l’ancienne église des Bernardines, au lycée
Thiers. Or, cet hôpital, avec son église et son cimetière, avait été légué
en 1215 par le prévôt de la cathédrale aux cisterciens de l’île d’Hyères.

Mais ces derniers n’allaient pas tarder à disparaître et n’ont jamais
occupé Saint-Michel. Comme Foulque était cistercien, il se peut que
l’hôpital Saint-Michel ait été donné aux frères Prêcheurs sur son
instigation. Il n’est pas impossible non plus que Foulque et Dominique
y aient logé lors de leur passage à Marseille. Quoi qu’il en soit de ce
détail, dans d’autres villes les frères ont obtenu le même genre d’abri
lors de leur arrivée : à Saint-Jacques de Paris ou à Saint-Laurent du
Puy par exemple.- Plus aucun souvenir ne subsiste de cet hôpital,
hormis l’ancien toponyme de la plaine Saint-Michel, devenue la place
Jean-Jaurès.

Les frères devaient y rester une quinzaine d’années, avant leur
installation définitive. Après 1240,. ils se transportent au sud-est,
toujours aussi loin de l’enceinte de la ville, à un emplacement sans
doute mieux approprié au salut des âmes et mieux adapté à leurs
besoins, comme dit un texte d’alors. Cet emplacement, bien connu
parce qu’il était devenu le grand jeu de mail au XVIIe siècle avant d’être
loti pour l’agrandissement de la ville, se situe entre la rue Saint-Ferréol
et la rue de Rome, vers le magasin des Galeries Lafayette. Le faubourg
où les frères élèveront leur église - dédiée à Notre-Dame de Pitié -
prendra le nom de bourg des Prêcheurs. Dès 1248 ils sont
suffisamment installés pour que le chapitre provincial puisse se réunir
dans leur couvent ; et, en 1253, leur bibliothèque assez bien pourvue,
pour qu’ils soient chargés, par le chapitre provincial de Limoges, de
communiquer livres et documents aux fondations voisines. En 1272,
ils fourniront les effectifs pour fonder un couvent à Aix ; peut-être
aussi pour Saint-Maximin en 1293. Consécration suprême : le chapitre
général de 1300 se réunira chez eux.

Leur pleine insertion dans la cité n’est pas moins réussie. D’abord
au regard du clergé : comme partout où s’implantent les frères, leur
église conventuelle ne tarde pas à entrer en concurrence avec l’église
paroissiale (Saint-Martin, à présent disparue), preuve de leur succès.
Comme partout, on les accuse de ruiner le prestige des curés (en
manifestant, sinon en dénonçant leur ignorance), de leur enlever une
partie de leurs revenus (les fidèles accourant chez eux, s’y font
volontiers ensevelir). Aussi leur place dans l’Eglise locale doit-elle être
définie par un contrat en bonne et due forme conclu le 12 mars 1235
avec le chapitre de la cathédrale, qui fixe les redevances qu’ils auront à
payer aux paroisses ou à la cathédrale. En revanche, le clergé leur
reconnaît le droit de recevoir de quiconque des offrandes et des legs
sans restriction, ainsi que le droit d’ensevelir les défunts qui ont élu
sépulture chez eux.
Face aux bourgeois, qui représentent le pouvoir poli-
tico-économique, le plein succès de la présence des frères se mesure
aux services, aussi bien temporels que spirituels, qu’on leur demande.
L’arbitrage de litiges commerciaux, comme celui qui oppose, en juin
1235, le riche marchand Bernard Manduel à un de ses commandités à
propos d’une cargaison d’alun et de drap ; assisté d’experts, un frère de
la prédication est appelé à rendre justice. Présence aux testaments, non
seulement comme témoins mais aussi comme exécuteurs, qui risque
de les faire paraître trop intéressés (aussi les chapitres de l’ordre
n’encourageront-ils pas ce genre de services). Témoins et garants pour
les traités publics conclus entre le comte Charles d’Anjou et la
commune de Marseille, où ils apparaissent solidaires des habitants de
la cité. Conciliateurs choisis pour mettre fin aux litiges publics (y
compris entre la cité et son évêque, ou encore entre l’archevêque d’Aix
et l’abbé de Saint-Victor) ou privés. Pacifier en arbitrant les litiges n’est
pas, pour les Prêcheurs, une activité occasionnelle. Le prieur Pierre de
Barèges, réputé pour sa prudence et son dévouement, est particulière-
ment recherché pour cet office.
Eclairer les esprits par la prédication et par l’enseignement, telle
est la raison d’être de l’ordre des prêcheurs. Aussi arrive-t-il que le
conseil de ville réclame la présence d’un maître capable d’instruire
ses auditeurs et qu’il alloue une rétribution à des frères pour leur
prédication dont on reconnaît ainsi le bienfait. La prédication ne
demeure pas sans effet sur la vie de la cité. C’est ainsi qu’à Marseille,
un dimanche d’octobre 1475, un frère du couvent, maître en théologie,
prêche que, si l’on veut préserver la ville de la peste, il faut faire les
processions prescrites, fermer le dimanche les échoppes des cordon-
niers et les boutiques des bouchers, mettre un terme à la discorde entre
citoyens et rétablir la paix, obtenir que les excommuniés se fassent
réconcilier, et enfin supprimer le jeu. Le surlendemain, le syndic
Jacques de Remésan invite le conseil de ville à mettre à exécution ce
que le prédicateur avait demandé. Rarement peut-on toucher d’aussi
près les répercussions d’un prêche.

Le ministère de la confession qu’exercent les frères n’est pas
seulement celui de la réconciliation sacramentelle, mais tout autant
celui du conseil spirituel. En reconnaissance, les frères reçoivent des
dons, en particulier de la part des béguines, soit de celles d’obédience
fanciscaine (les béguines de Roubaud, filles de sainte Douceline), soit
d’obédience dominicaine. Du côté des prêcheurs, ces donations
révèlent des contacts avec un milieu spirituel lié aux ordres mendiants
sous la direction spirituelle desquels ces pieuses femmes se placent. Du
côté des béguines, ce sont des sentiments de dévotion et d’affection
envers l’ordre, et plus spécialement envers le couvent de fytarseille, qui
s’expriment par ces gestes de gratitude. Ainsi, en 1285, les deux
béguines Cécile de- Saint-Jacques et Alègre, qui habitent au voisinage
du couvent, lui offrent une somme considérable « à cause, disent-elles,
de l’affection et de la dévotion que nous avons pour l’ordre de Saint-
Dominique, et en reconnaissance des conseils spirituels que le prieur et
les frères nous ont tant de fois apportés ».

Dégagés qu’ils sont des hiérarchies politiques, sociales, écono-
miques ou ecclésiastiques, ils jouissent de la liberté de parole
nécessaire pour corriger les fautes de leurs auditeurs : leur désintéres
sement donne crédit à leur prédication. Charles II, comte de Provence,
qui entreprend d’interdire l’usure dans son domaine, fait appel en 1294
aux frères Prêcheurs et aux frères Mineurs pour combattre les usuriers
par la parole. Quand le comte institue une commission d’enquête
portant sur les usuriers de la ville et du diocèse de Marseille, elle se
compose de trois membres, un prêtre du diocèse, un frère prêcheur,
Raymond Carelli, et un frère mineur, gardien du couvent de Marseille.
La pauvreté des frères mendiants les autorise à combattre la passion de
l’argent et leur permet de condamner l’usure. En revanche, n’étant pas
solidaires de l’appareil de l’Eglise en sa pesante implantation
économique, ils ne se privent pas, tout comme les frères Mineurs, de
prêcher contre le paiement des dîmes, ce qui leur vaut un sévère
rappel à l’ordre de la part du pape Innocent IV, en 1253.
Des confréries regroupaient les laïcs autour du couvent. Celle du
Saint-Sacrement (ou, comme on disait alors, du corpus Domini), établie
au moins depuis le milieu du XIVe siècle, avait coutume d’organiser un
cortège la veille de la Fête-Dieu. Elle faisait défiler dans les rues, au
son des tambours, des fifres et des timbales, un bœuf gras, couvert
d’un tapis semé de fleurs ; le lendemain, la bête sacrifiée servait à
régaler les confrères au festin qui se tenait, au retour de la procession
du Saint-Sacrement, dans le réfectoire conventuel. Tous pouvaient
observer que les frères Prêcheurs, s’ils prenaient leur repas avec les
confrères du Saint-Sacrement, ne partageaient pas leur menu et se
contentaient de la nourriture maigre prescrite par leurs constitutions.
Au XVe siècle, les plus puissantes corporations de la ville, comme
celle des marchands merciers ou celle des métiers de la laine, qui
représentaient l’activité économique la plus riche, avaient leur
confrérie établie au couvent des Prêcheurs, la première sous le titre de
Noire-Dame de l’Annonciation (en 1455), la seconde sous le patronage
sainte Catherine de Sienne (en 1465). Les merciers contribueront si
favorablement à la reconstruction du couvent en 1525 que la titulature deviendra celle de la nouvelle église conventuelle.
A défaut de pouvoir visiter les lieux (dont aucun texte ne permet
de décrire la disposition), il reste à rencontrer les frères, du
moins la première génération, comme le permettent les
témoignages.Je n’en citerai que deux.

« A Marseille, une dévote, lombarde de nationalité et de nom,
assistait un soir aux compiles des frères. Pénétrée d’un vif sentiment de
dévotion lorsque commença le chant du Salve regina, elle eut un
ravissement et fut témoin de quatre merveilles. Lorsque les frères
chantaient : Nous te saluons, ô notre espérance, Marie leur rendait
affectueusement le salut. Quand ils chantaient : Allons, notre avocate,
elle se prosternait devant son fils afin d’intercéder pour eux. Aux
paroles : Tourne vers nous tes yeux compatissants, elle les regardait
avec un air de douceur et de tendresse. Au moment où ils ajoutaient :
Montre-nous, après cet exil, Jésus le fruit béni de tes entrailles, elle le
présentait à chacun des frères, sous la forme d’un enfant dans les bras,
en exprimant la plus vive allégresse. C’est à son confesseur
dominicain, prudent et discret, que cette simple chrétienne a raconté la
scène précédente, avec beaucoup de précision et en versant des larmes.
Cette dévote était d’une telle sainteté qu’elle mérita aussi de voir, alors
que l’évêque célébrait une ordination dans notre couvent, l’Esprit-
Saint descendre sur chacun des ordinands dominicains, sauf sur un
clerc séculier. »

« Au couvent de Marseille, le jeune frère Etienne, gravement
malade, était veillé par les autres comme s’il eût déjà rendu le dernier
soupir. En agonie durant toute la nuit de l’Exaltation de la sainte
Croix, il s’écria soudain, les bras étendus : "Voici que je vois dans le
ciel la croix du Seigneur, dont vous célébrez aujourd’hui la fête".
Comme le prieur, stupéfait, lui présentait un petit crucifix qu’on place
devant les mourants : "Voici, mon fils, le signe de la croix de Dieu", le
frère Etienne répondit : "Je ne vois pas celle dont vous me parlez, mais
j’aperçois déjà dans le ciel la vraie croix du Christ". Quand on lui
présenta de nouveau le crucifix, il répéta trois ou quatre fois les mêmes
paroles et demanda : "Ne voyez-vous donc pas comme elle brille ?" Il
gémit ensuite : "Voici quel piège l’ennemi m’a tendu : il est venu avec
une troupe de démons et il a cherché à s’emparer de moi comme de
son esclave. Je m’y suis opposé résolument, me déclarant serviteur du
Christ et disciple du bienheureux Dominique. - Non, a-t-il répliqué,
tu es mon esclave, car hier tu as bu du vin sans permission et contre le
conseil du médecin, pendant que tu étais seul". Le prieur, frère Pierre
de Barèges - cet homme fort religieux m’a raconté le fait - répondit
alors : "Mon fils, confesse-t’en avec douleur et tu confondras le
démon". Ce que fit le frère Etienne en larmes, qui expira ensuite,
bénissant le Seigneur et célébrant les joies de la Vierge Marie ».


Frère Bernard MONTAGNES, o.p.
Article publié le 27 juin 2012