Une fatalité ?

par 24 Mar 20132013, Homélies, Rameaux

Tout était écrit…Le Christ à plusieurs reprises aura lui-même annoncé sa Passion : le Fils de l’homme doit être livré et mis à mort. Les prophètes, les patriarches et les rois, tout comme des évènements de l’Ancienne Alliance annonçaient le Messie. Tout était déjà écrit. Et le récit de la Passion que nous allons écouter, truffé de références aux paroles de l’Ancienne Alliance, vise aussi à bien nous faire comprendre que tout était écrit. L’évangile relatif à l’entrée messianique de Jésus qui a été proclamé dans la cour lors de la bénédiction des Rameaux n’y échappe pas. On frise même le récit enchanteur. Les disciples trouvent le petit âne comme Jésus l’avait dit. Suit un dialogue entre les disciples et le propriétaire de l’ânon, comme Jésus leur avait dit. Et tout à coup, Jésus, à peine monté sur le petit âne, se voit acclamé en Messie en entrant à Jérusalem. On reprend pour l’occasion un verset du psaume 117 : « Hosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». Et il vient puisqu’il était annoncé, c’était écrit. On reprend encore “Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ». Vous vous en souvenez, paroles d’exultation des anges à la Nativité, paroles écrites aussi au livre d’Ezéchiel. Tout était annoncé, tout était écrit.
En garderions-nous l’étrange impression que le Christ se serait enchainé à une série d’évènements qui lui furent imposés ? Se serait-il laisser glisser sur la pente de la fatalité ? De cette fatalité qui ressemblerait trop à notre existence. Où serait-elle la prodigieuse nouveauté du Christ ? 
Frères et sœurs, tout était annoncé mais en réalité rien n’était écrit, au sens de décidé, programmé. Le Christ, certes, accomplit les Ecritures mais pour restaurer la Parole de Dieu dans son intégrité, dans son intégralité. Ainsi le Christ va maintenant proclamer, en sa chair, que les paroles de Dieu convergent vers une finalité unique : la rédemption de l’humanité, le salut du monde. Nulle contrainte chez le Christ, nulle fatalité. Le Christ, à chaque pas qui le rapprochera de la Croix, manifestera la charité. Et du haut de la Croix, il dévoilera le sommet de la charité : le pardon des pécheurs que nous sommes. Aussi à chaque pas qui le mènera vers son destin annoncé, et connu de lui, le Christ décidera, le Christ voudra, le Christ consentira, le Christ choisira de faire un pas supplémentaire afin de faire avancer le Royaume de Dieu qu’il a promis. Seule la charité véritable, c’est-à-dire l’amour divin en lui, a donné au Christ l’authentique et entière liberté d’accepter ce que son Père lui demandait. Le Christ Jésus ne s’engagera pas dans sa Passion comme le condamné à mort s’avance vers son supplice, en sachant qu’il n’a aucun moyen d’en réchapper. Au contraire, le Christ restera libre jusqu’au bout, d’une liberté dont les hommes n’ont pas idée. D’une liberté qui n’a d’égale que sa charité. Au cas où l’on aurait demandé aux disciples pourquoi ils détachaient le petit âne, Jésus leur avait dit de répondre : « Le Seigneur en a besoin ». Frères et sœurs, tout – je dis bien ’tout’ – ce que le Christ va accomplir durant cette semaine sainte, tout ce qu’il va endurer, c’est par ce qu’il en a besoin. Besoin pour nous sauver, besoin pour nous libérer, besoin pour nous rendre libres et aimants, comme lui, comme Dieu.