Le Baptême du Seigneur

par 10 Jan 20212021, Baptême du Christ, Homélies, Temps de Noël

Aujourd’hui, nous célébrons le Baptême du Seigneur. Les Églises d’Orient parlent de Théophanie là où l’Église d’Occident parle d’Épiphanie. Ces Églises relient en effet trois événements dans la liturgie de ce jour : premièrement, la manifestation aux Mages, c’est-à-dire la manifestation aux païens ; deuxièmement, la manifestation à Jean-Baptiste, c’est-à-dire au Peuple de Dieu dans l’attente ; et troisièmement, la manifestation aux disciples à Cana, c’est-à-dire la manifestation à l’Église qui sera don de la grâce au travers de l’histoire quotidienne des hommes.

Le baptême de Jésus est sa première manifestation publique, et il va être l’occasion d’une véritable révélation sur sa personne. Lors de sa naissance à Bethléem, il n’a été révélé qu’à quelques privilégiés. Aujourd’hui, tous ceux qui entourent le Baptiste, c’est-à-dire ses disciples et la foule venue aux bords du Jourdain, sont témoins d’une manifestation plus solennelle, que Jean soulignera d’ailleurs lui-même.

On peut tirer trois enseignements de la célébration d’aujourd’hui :

L’ESPRIT DESCENDIT COMME UNE COLOMBE

Dans l’évangile, Jean-Baptiste lui-même, semble-t-il, ne sait pas à qui il a affaire ; quand il parle du Messie à venir, il l’annonce dans des termes que tout le monde comprend, mais il ne sait pas qu’il s’agit de Jésus de Nazareth. Il dit : « Moi, je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit saint » ; ce qui veut dire : « moi je vous ai plongés dans l’eau, lui vous plongera dans l’Esprit Saint ». (Le mot « baptiser veut dire « plonger »). Alors tout le monde comprend qu’il parle du Messie, car tout le monde a en tête la promesse du prophète Joël : « En ces jours-là (sous-entendu quand viendra le Messie), je répandrai mon Esprit sur toute chair » (Jl 3,1). Le prophète Isaïe également, avait parlé à plusieurs reprises du Messie sur qui reposerait l’Esprit : « Sur lui reposera l’Esprit du SEIGNEUR : esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte de Dieu, (Is 11,2). Et la vocation de ce Messie, c’est encore Isaïe qui la décrit : « L’Esprit du SEIGNEUR Dieu est sur moi : il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer la liberté aux captifs et aux prisonniers, la délivrance, …(Is 61,1).

Et la suite, ce que : « Au moment où il sortait de l’eau, Jésus vit le ciel se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Du ciel une voix se fit entendre : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie ». « Tu es mon Fils » : cela c’était justement le titre du Messie, un titre que chaque nouveau roi à Jérusalem recevait le jour de son sacre ; Jésus est donc le roi-Messie ; cela veut dire que le Baptême est une véritable scène d’investiture royale. La formule du sacre ne comprenait pas le mot « bien-aimé » (Tu es mon Fils bien-aimé) ; peut-être y a-t-il là une allusion à Isaac, le fils tendrement aimé d’Abraham, le fils librement offert… Quant à la formule finale, « en toi je trouve ma joie », c’est encore en référence à Isaïe parlant du Messie : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu que j’ai moi-même en faveur, j’ai mis mon Esprit sur lui. » (Is 42,1).

JESUS  SE FAIT SOLIDAIRE DES HOMMES

A la question de savoir : « Pourquoi Jésus demande-t-il le Baptême alors qu’il n’est pas pécheur ? » La première réponse possible c’est que Jésus veut s’inscrire dans la démarche de tout son peuple, il choisit de se montrer solidaire des hommes pécheurs. Lui qui était sans péché, il s’est fait porteur de nos péchés et c’est au nom de nous tous qu’il a fait ce geste public de repentance, nous enseignant dans le même temps la nécessité de la conversion et de la pénitence. La deuxième réponse possible, c’est que le véritable centre de gravité du Baptême n’est pas le péché…le Baptême est une histoire d’amour. Il s’agit de se situer en position filiale par rapport au Père et solidaire par rapport aux frères. Nous, nous pensons le Baptême en termes de purification, mais Dieu, lui, parle d’amour filial et fraternel. Le baptême, qui nous plonge dans l’Esprit Saint, nous plonge dans l’amour de Dieu ; quand Dieu dit à Jésus « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie », Il le propose à travers Lui à l’humanité tout entière. Comme Jésus, celui-ci est mon Fils Bien-aimé, toi aussi, chacun, nous sommes, tu es mon fils Bien-aimé”. C’est au fin fond de notre cœur que le Père s’adresse à nous pour nous dire cet amour éternel, infini, cet amour qui se répand avec l’Esprit, cet amour par lequel le Père a engendré de toute éternité son Fils unique, cet amour, le Père le répand sur nous afin que nous aussi, comme Lui Jésus, nous soyons “ses fils”, ses enfants, ou plus exactement, pour que chacun d’entre nous soit «son fils, son unique ».

LES CIEUX SE SONT DECHIRES

Comme Isaïe l’avait souhaité : « Ah, si tu déchirais les cieux et si tu descendais, tel que les montagnes soient secouées devant toi, tel un feu qui brûle les taillis, tel un feu qui fait bouillonner les eaux, pour faire connaître ton nom… (Is 63,19). Les cieux déchirés, cela veut dire qu’il n’y a plus de séparation entre le ciel et la terre : l’univers n’est plus la prison dans laquelle l’humanité s’est enfermée depuis qu’elle a peur de Dieu, depuis le soupçon du Jardin d’Eden ; la communication entre Dieu et ses enfants est enfin rétablie, l’humanité connaît enfin son Dieu Tel qu’Il est. Et Jésus vient prendre la tête de cette humanité nouvelle, celle qui vit selon l’Esprit de Dieu ; comme dirait saint Paul, « il est le premier-né d’une multitude de frères » (Rm 8, 29). Alors l’image de la colombe nous parle mieux : « Jésus vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. », nous dit saint Marc : comme le souffle de Dieu planait sur les eaux de la première création, l’Esprit plane sur Jésus qui est le premier de la création nouvelle. Par le Baptême de Jésus, nous avons la première manifestation de la Sainte Trinité.

Frères et sœurs, nous célébrons aujourd’hui le mystère de l’amour de Dieu, nous sommes chacun “unique” aux yeux de Dieu, nous ne sommes pas un numéro dans une foule, un individu dans la masse, nous ne sommes pas confondus, perdus, indistincts aux yeux de Dieu ; chacun de nous est unique à ses yeux, nous sommes chacun : « Mon fils ». Depuis notre baptême naît et grandit en nous cette présence de l’Esprit, ce don du Père, cette transfiguration de ce que nous sommes. Dieu qui s’est accoutumé à être un homme en venant sur la terre en Jésus-Christ, qui s’est accoutumé à partager notre vie, veut peu à peu à travers l’histoire et notre histoire, nous accoutumer à devenir ses enfants, à lui devenir semblables, à vivre de sa vie, à partager son bonheur, c’est-à-dire à découvrir en nous la force de l’Esprit qui est la force de cet amour divin. Alors, frères et sœurs, n’oublions pas notre baptême. Qu’aujourd’hui cette fête du baptême du Christ soit pour chacun d’entre nous l’occasion de rentrer intérieurement dans notre baptême ; et par notre baptême, notre vie de pauvreté, de misère, de péché est transformée. Cette vie de l’humanité pécheresse est tout entière transformée. Les cieux se sont déchirés, comme si la barrière de notre péché qui isole notre vie de la vie divine, qui isole notre terre du ciel, cette barrière était déchirée par l’intensité de la prédilection de Dieu. Alors, soyons sauvés, soyons baptisés, laissons-nous prendre par cet appel de Dieu, par ce choix de Dieu, par cette prédilection divine. Amen !