Drôle de rencontre
Dans quelques jours, lors de la Passion, Jésus sera mis en face de Barabbas. La Parole de Dieu nous donne assez peu d’informations à son sujet mais nous nous le représentons assez facilement. Si vous avez vu le film La Passion du Christ réalisé par Mel Gibson, on voit les soldats escorter Barabbas qui n’a plus rien à perdre. Il sait qu’il est condamné à mort alors il en rajoute : il fait des grimaces, il tente de faire peur aux personnes de la foule,… Il devient l’image du criminel endurci.
Et lorsqu’il est mis en présence de Jésus, le contraste apparaît encore plus nettement : lorsque la foule crie son nom pour le faire libérer, il jette un regard vers le Christ au corps torturé et au visage méconnaissable à cause des coups. Il comprend alors qu’il n’a pas été choisi pour lui-même, mais parce que la foule a plus de haine encore contre celui qui est le Juste.
Dans les évangiles, Jésus se retrouve souvent face à des personnes qui deviennent comme des personnages types. Ces divers face-à-face mettent, finalement, le Fils de Dieu devant l’humanité toute entière : chacun peut se reconnaître dans une de ces figures qui croisent le Sauveur.
Aujourd’hui Jésus rencontre la Samaritaine. Elle n’a pas de prénom, elle est déjà une figure.
Il arrive au puits avant elle et il l’attend !
Elle vient puiser de l’eau – il lui demande à boire.
C’est un homme juif, c’est une femme samaritaine : ils ne sont doublement pas censés se parler.
Mais si Jésus entame la discussion, c’est pour conduire cette femme sur un chemin auquel elle ne s’attend pas !
Elle met en avant son identité de femme samaritaine qui rend la demande de Jésus déroutante. Mais, sans doute, même les Samaritains de sa propre ville ne voudraient pas boire de l’eau qu’elle pourrait leur donner, elle vient, en effet, à une heure où personne ne puise de l’eau. Car elle est mise au ban de sa propre communauté.
Jésus désire de l’eau mais il révèle immédiatement qu’il peut, lui, donner de l’eau d’un autre type. Cette eau vive qui désaltère une fois pour toute et qui sera source vivifiante.
Alors, la Samaritaine répond du tac au tac : il lui serait bien pratique de ne plus avoir à faire des allers-retours jusqu’au puits. Alors elle lui demande de son eau.
Peut être que la Samaritaine n’a pas pris Jésus au sérieux. Alors il change de sujet : son mari !
Elle est bien obligée d’admettre qu’elle n’a pas d’époux et Jésus en profite pour lui montrer qu’il la connaît plus qu’elle ne le pense !
Elle a eu cinq maris, et l’homme avec qui elle vit actuellement n’est pas son époux.
On voit que la révélation a frappé juste : si Jésus a connaissance de cela, c’est qu’il est un prophète alors la conversation dévie vers la question du Temple de Jérusalem et du Temple du Mont Garizim, le sujet de division entre juifs et samaritains.
Jésus alors lui révèle les choses à venir, où chacun pourra prier Dieu en esprit et en vérité.
Mais, le Messie doit venir lui réplique la femme.
Révélation ultime, Jésus annonce qu’il est ce Messie tant attendu.
La Samaritaine va alors, telle Marie-Madeleine, aller annoncer cette nouvelle dans sa ville..
Sans doute, comme Marie-Madeleine, on va se méfier des paroles d’une femme au passé peu recommandable.
Mais la machine est lancée et la Bonne Nouvelle de la venue du Messie va produire son effet !
Pour cette annonce, Dieu a utilisé cette femme pécheresse. Il s’est abaissé jusqu’à elle, cette femme écartée de tous. Il va même lui faire l’honneur de lui demander quelque chose, à elle que tout le monde fuit !
Dans ce dialogue qui devient prédication personnelle, il va révéler son identité et lui faire comprendre que c’est bien elle qu’il a choisie pour aller annoncer la venue messianique et le commencement des temps nouveaux.
Contrairement à d’autres passages évangéliques, Jésus ne va pas lui dire « va et ne pèche plus ». Le texte nous la présente courant de joie, abandonnant sa cruche et l’on comprend que sa vie a maintenant basculée. Elle a commencé à reconnaître sa faute et Jésus a pris les devants pour terminer son aveu à sa place.
Il veut qu’elle reçoive de cette eau qui donne la vie, qui purifie et d’où jaillit la grâce.
En effet, qui voudrait vivre si c’est pour vivre une vie de rejet ?!
Jésus, lui, ne la rejette pas. Car Il veut que, tous, nous vivions et que nous vivions dans la joie et les chants !
Oui, quand on sait que l’on est aimé par Dieu, alors la vie prend une saveur au goût éternel !
Alors ne soyons pas comme le peuple au désert qui reçoit l’eau qui donne la vie mais qui a le cœur dur et ne veut pas recevoir l’amour de Dieu.
Rappelons-nous que, dans ce passage, s’accomplit tout le sens de l’Incarnation : venir pour les pécheurs et les malades. Ce sont les prostituées et les publicains qui, touchés par l’eau de la grâce, nous précédent dans le royaume de Dieu.
Seigneur, aide nous à reconnaître nos infidélités, nos misères et à recevoir ton pardon et ton amour. Amen