Contemplation et compassion

par 8 Fév 20262026, Homélies, Temps Ordinaire

fr. Joseph-Marie o.p.

Chers Frères et Sœurs,
Deux mots-clés pour aujourd’hui : contemplation et compassion.

Le Christ qui se présente comme lumière du monde (Jn 8, 12) nous demande à notre tour d’être « sel de la terre et lumière du monde ». Comment cela est-il possible ?

Pour parler de cette mission exigeante les Pères de l’église ont utilisé l’image de la lune. Le sol de la lune est recouvert de poussières et de cratères. Mais ce globe poussiéreux au relief accidenté, s’il se met dans le bon alignement avec le soleil est capable d’en refléter la lumière.

De même pour l’homme. Comme la lune, nous sommes fait de poussière. L’imposition des cendres dans quelques jours nous le rappellera : « souviens toi que tu es poussière et que tu retournera en poussière». Mais cette poussière si elle est exposée à la lumière du Christ peut comme un miroir refléter cette lumière.

Malgré tous les malgré qui ont accompagné l’histoire de l’église, malgré les faiblesses voire les trahisons de certains de ses enfants, la lumière du Christ demeure dans l’ Église, dans ses sacrements, dans la parole de Dieu, dans ses saints. Dieu demeure dans son Église, car il n’est pas de passage le temps d’une visite amicale, il est l’époux de l’Église qui demeure toujours avec elle dans une alliance éternelle.

L’Église donc chaque chrétien en particulier est appelé à refléter cette lumière du Christ. Pour cela, le chrétien a besoin avant tout de rechercher cette lumière dans la contemplation du Christ. Sans vie contemplative, le chrétien qui vit dans le monde au lieu d’apporter dans son milieu quelque reflet de la lumière du Christ sera simplement mondain. Il n’évangélisera pas mais il sera mondanisé.

Cette contemplation nécessaire pour que le sel garde sa force était un message clé de la lettre de Jean Paul II pour l’église au début du troisième millénaire.
Il écrivait :

Dans la cause du Royaume, il n’y a pas de temps pour regarder en arrière et encore moins pour s’abandonner à la paresse. (. . . ) Il importe toutefois que ce que nous proposerons, avec l’aide de Dieu, soit profondément enraciné dans la contemplation et dans la prière. Notre époque est une époque de mouvement continuel, qui va souvent jusqu’à l’activisme, risquant facilement de « faire pour faire ».Il nous faut résister à cette tentation, en cherchant à être avant de faire.

Et un peu plus loin, il continuait :

Notre témoignage se trouverait appauvri d’une manière inacceptable si nous ne nous mettions pas d’abord nous-mêmes à contempler le visage du Christ.

Cette contemplation du Christ, à travers les écritures, mais aussi à travers l’adoration de son visage eucharistique va de paire avec la compassion dont il est question dans la première lecture. La contemplation nous fait sortir de la logique de l’activisme pour nous rendre capable de nous arrêter. Nous arrêter pour capter la lumière du Christ. Cette capacité à s’arrêter, comme nous le faisons maintenant, rejoint la compassion qui demande de s’arrêter fraternellement auprès des personnes qui souffrent, en particulier des personnes âgées et malades ou qui arrivent à la fin de leur vie sur terre. Comme la contemplation, chaque acte de compassion en faveur de la vie renforce en celui qui l’accomplit la ressemblance avec le Seigneur. Nous pouvons alors nous arrêter aussi pour contempler avec admiration le personnel soignant qui se met au service de la vie humaine naissante, malade, ou finissante. Personnel dont la liberté de conscience se trouve une fois de plus mise à l’épreuve par un projet de loi qui voudrait imposer à tout établissement de soins d’accéder aux demandes d’euthanasie des personnes éligibles. Liberté de conscience menacée également pour les pharmaciens qui pourraient être obligés de délivrer le produit létal, c’est à dire qui donne la mort.

Peut-être que face à un tel projet de loi qui poussera les personnes éligibles vers la question de l’euthanasie et qui forcera les consciences des chefs d’établissements concernés et des pharmaciens, peut-être que face à ces maux, la contemplation et la compassion appellent une troisième attitude, une attitude que l’on retrouve aussi chez le Christ : la colère.